Rose Ader

Rose Ader

Ref: AMR198

01 Puccini La Boheme: Si, mi chiamano unp. test with piano 1928
02 " " " cond. S Meyrowitz 17-2-28 Parlo P9257
03 " " Addio " " "
04 " Turandot Tu che di gel cinto unp test with piano 14-1-28
05 " Madama Butterfly: Un bel di vedremo: unp test cond. Meyrowitz Parlo 20634 21-2-28
06 " Tosca Vissi d'arte " piano 1928
07 " " " " orch. cond F Weissmann Parlo 20635-2
08 Verdi Otello : Ave Maria orch. cond O Klemperer Berlin radio 1-1-31
09 Cimarosa: Bel nome che adoro piano Ricardo Linares BA radio 5-7-52
10 Schumann: Widmung "
11 " Die Lotusblume "
12 Schubert Du bist die Ruh
13. Edith Bach, Der rote Sarafan (Russian folk song) Parlophon B. 12008-11
14. Edith Bach O bitte, liebe Vögelein Parlophon B. 12008
15. Fritzi Jokl. Figaros Hochzeit: O säume längernicht. Parlophon P1880 : E10373
16. Fritzi Jokl. Die Hugenotten. Page's aria. Parlophon P1817 :E10362
17. Fritzi Jokl. Martha. Letzte Rose Parlophon P1817
18. Fritzi Jokl. Don Pasquale: Norina's cavatina. Parlophon E10884
19 Fritzi Jokl. Alessandro Stradella: Seid meiner Wonne stille zeugen. Parlophon 10884
20. Henriette Gottlieb, Ludwig Weber Die Walküre Act III Nicht weise bin ich Pathé X 7202
21. Henriette Gottlieb, Walter Kirchhoff Siegfried Act III Heil dir SonnePathé© X 7207
22. Henriette Gottlieb Siegfried Act III Ewig war Pathé X 7209


Née dans l’empire autrichien en 1890, Rose Ader n’est connue que de quelques collection-
neurs, grâce au disque qu’elle enregistra en 1928 pour Parlophone, avec les deux airs de Mimì. Elle y ré-
vèle une voix d’une douceur et d’une pureté si exquises qu’on se demande pourquoi elle ne grava pas
d’autres galettes. En fait, il y eut plusieurs tests de pressage et radiodiffusions que son fils mit sur un site
Internet il y a plus de dix ans. Le site a disparu, probablement à la mort du fils de Rose Ader, mais ces
enregistrements sont à nouveau accessibles, grâce à Stefan Johansson.
Autre titre de gloire, Rose Ader eut une touchante idylle avec Puccini, dont les rôles étaient
parfaits pour sa voix et sa charmante silhouette. Il semble avoir été captivé par elle en avril 1921 alors
qu’elle chantait Suor Angelica à Hambourg, où elle se produisit de 1915 à 1931, avec à son répertoire
des héroïnes comme Violetta, Mimì, Gilda et Mignon. Le 25 avril 1921 à minuit, Puccini lui écrivit : « Ma
bien-aimée Rose, si vous avez depuis le 3 avril le sentiment de mener une vie nouvelle, il en va de même
pour moi ! Et cette pensée ne cesse de m’inspirer de l’amertume. J’en viens presque à m’étonner que
vous puissiez m’aimer ! Comme votre amour me rend heureux ! ». Dans une autre lettre, quelques se-
maines plus tard, alors qu’il compose Turandot, il déclare : « Liù pleure, et en composant cette musique
je pense à vous, ma pauvre, ma douce, ma bonne Rose ». Il suggère délicatement qu’il faut mettre un
terme à leur idylle, mais qu’ils resteront amis. Il lui envoya aussi une photographie dédicacée à
« Liù/Rose ». Ils se revirent vraisemblablement à Rome lorsqu’elle chanta Mimì au Teatro Costanzi. Sa
carrière l’emmena aussi à Vienne où elle chanta beaucoup en 1918-1919, puis comme invitée de 1931
à 1936, lorsqu’elle fut Oscar, Micaëla, Manon, Zerline, Mimì, Marguerite, Urbain et Gilda. Elle chanta sou-
vent Rosalinde de La Chauve-Souris dans la production de Max Reinhardt, à Berlin et à Paris.En 1930,
elle fut Mimì à l’Opéra-Comique, puis fit ses débuts à Covent Garden en 1931, en Rosalinde. On put l’en-
tendre à Berlin, Amsterdam et Munich, mais s’installa en Autriche après 1933.Elle avait épousé en 1923
le comte sicilien Trigona, puis elle s’établit en Italie où elle survécut à la Seconde Guerre mondiale, dis-
simulant probablement son identité juive. Elle eut un fils, Antonio ; après la guerre, ils partirent pour Buenos
Aires, où elle enseigna au Conservatoire à partir de 1949. En 1952, à 62 ans, elle chantait encore
quelques mélodies pour Radio Argentine, et la voix avait encore de belles qualités. Elle mourut en 1955.
Richard Copeman, traduction Laurent Bury

Rose Ader compte parmi les nombreux artistes juifs allemands et autrichiens dont la vie et
la carrière furent détruites par l’ascension d’Hitler. Chez les sopranos, il y eut Gitta Alpar, Lotte Schoene,
Irene Eisinger, Edith Bach, Fritzi Jokl et Henriette Gottlieb. Certaines parvinrent à exercer leur art en
exil, mais rarement au même niveau.
Edith Bach (1896-1975) arriva en Grande-Bretagne quelques semaines avant le début de
la guerre et se trouva internée sur l’île de Man pendant dix mois. Elle ne put jamais reprendre sa carrière.
Elle avait atteint une popularité considérable en chantant à la radio durant la période ayant précédé la
prise du pouvoir par les nazis. Elle possédait une voix pleine de charme et il faut espérer que l’on dé-
couvrira un jour d’autres enregistrements d’elle, en plus des deux airs inclus sur ce CD.
Fritzi Jokl (1895-1974), chanteuse à la virtuosité éblouissante (écoutez ses trilles !) avait
connu une carrière plus substantielle en tant que principale colorature de l’Opéra de Munich, succédant
à la légendaire Maria Ivogün. Après son renvoi, elle resta en Allemagne durant les premières années
du nouveau régime et chanta pour le Kulturbund juif, organisation créée par les nazis afin d’apaiser
l’opinion mondiale, simple feuille de vigne censée masquer leur barbarie. Quand Fritzi Jokl arriva enfin
à New York en 1936, elle avait à peine plus de 40 ans et était au sommet de ses moyens. Elle ne put
cependant être engagée au Metropolitan Opera parce que ses meilleurs rôles étaient l’apanage de deux
chanteuses bien-aimées du public américain, Lily Pons et Bidu Sayao. Jokl était indubitablement une
technicienne plus accomplie que la première, mais elle n’avait pas son chic, et elle manquait peut-être
aussi de l’expérience suffisante pour chanter en italien et en français. Selon les informations contenues
dans le texte émouvant et instructif que rédigea André Tubeuf dans les années 1990 pour un disque
réunissant l’intégralité des enregistrements de Fritzi Jokl, elle préféra vouer à l’oubli sa carrière alle-
mande plutôt que d’avouer son âge véritable à son mari beaucoup plus jeune, un journaliste rencontré
peu après son arrivée à New York.
Le sort de la soprano dramatique Henriette Gottlieb (1884-1942) fut le plus tragique. Bien
que loin d’être négligeable, sa carrière avait été contrariée par sa petite taille. Il existe une photo hilarante
où elle pose aux côtés des stars masculines de Bayreuth : elle ne leur arrive même pas à l’épaule. Rien
de petit, en revanche, dans sa voix puissante, brillante, précise et capable d’effets saisissants même
dans les rôles les plus dramatiques. Sa version de l’« Ewig war » de Brünnhilde au dernier acte de Sieg-
fried, avec son phrasé plein de tristesse, son trille parfait et son contre-ut assuré, est certainement l’une
des meilleures jamais enregistrées. Des extraits de Fidelio gravés en 1932, alors qu’elle avait 48 ans,
montrent une voix encore jeune, mais quand les nazis prirent le pouvoir l’année suivante, elle était pro-
bablement trop âgée pour se lancer dans une nouvelle carrière en exil. Gottlieb prit sa retraite et resta
à Berlin jusqu’en 1941, puis fut déportée au ghetto de Lodz où elle mourut le 2 janvier 1942.

Disponible le 18 janvier 2021


Prix : 10.00 (Including TVA at 20%)


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