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Guillaume Tell- Rossini

Guillaume Tell- Rossini

Ref: AMR125

Guillaume Tell
Gioachino Rossini

Tony Poncet (Arnold) Irène Jaumillot (Mathilde)
Jean Borthayre (Guillaume Tell)
Ekse Mühl, Soprano (Hedwige)
Angela Kotthoff (Jemmy) Erik van Hasteren(Mecthal)
Choirs and Orchestra of the Bade Land Marcel Couraud


Nous avons ajouté malgré une qualité sonore «live»!:
Tony Poncet (Arnold) Henri Peyrotte (Guillaume Tell)
13 Prière de Guillaume
14 Trio
15 Asile héréditaire et fin de l’acte.



De Guillaume à Arnold, une captation d'héritage
On le sait, cet opéra fut, en 1829, l'adieu à la scène d'un Rossini encore jeune, achevant ainsi sa lente marche ayant conduit le genre lyrique de la comédie au drame, à l'aide de jalons nommés Othello, Moïse et Mahomet, les Isabelle, Fiorilla, Rosine et Cendrillon de ses ouvrages légers étant déjà tout autre que bouffonnes : et Balzac ne le nommait-il pas "l'auteur de Moïse", mettant en parallèle cet opéra et la "Cinquième" de Beethoven ? Or, pour porter à la scène le héros plus ou moins mythique, revenu au goût du jour via Florian puis Schiller, héros qui (sous Charles X !) allait lancer son "Anathème à Gessler", il fallait les épaules solides d'une voix grave, celle de Dabadie, mi-basse, mi-baryton -ce mot encore incertain-, d'une autre urgence que celle du ténor amoureux, fût-il en l'occurrence Adolphe Nourrit le ténor-Protée alliant les effusions de l'amant de La Dame blanche au tragique du père dans La Juive, Nourrit réputé élégant, sachant distiller les redoutables aigus du rôle d'Arnold d'une voix claire, "en tête" et non en fausset comme parfois relaté, capable de soulever les publics du midi dans son éclatant "aux armes" du deuxième acte. Que son immédiat successeur, Gilbert Duprez, ait un instant détourné l'attention en donnant un cuivre plus "macho" à ses notes aiguës, dites à tort "de poitrine", suivirent tous les ténors de l'heure, le héros restant le baryton, Barroilhet puis Faure, plus tard le claironnant Jean Noté. Mais, auprès de lui s'affirmait désormais un autre type de ténor à l'aigu éclatant, avec les Duc, Jaume, mais surtout Léonce Escalaïs, petit bonhomme aux suraigus claironnants, mais par ailleurs Samson. Et le tour était joué : si le dernier Guillaume de l'Opéra avait été, moyennant quelques accommodements, la basse Marcel Journet (suivront en province les Rouard, Nougaro ou Valère Blouse), le public venait désormais à Paris comparer, outre Granier, l'Arnold des Sullivan et Lauri-Volpi, et plus que les Guys ou Giriat, de Strasbourg à Rouen ou Bordeaux les Léon Carrère ou Caujolle, classé "haute-contre dramatique" dans la tradition de Nourrit. Mais au lendemain de la guerre, l'espèce francophone se fit plus rare, malgré un Franz de Guyse, un Francis Jolly, relayés, mais en italien, par l'étonnant Braschi et Ken Neate… en attendant le Messie. Qui tomba du ciel au Capitole de Toulouse le 14 octobre 1960, entouré de rien moins que Denise Monteil, Henry Peyrottes, Henri Médus et Georges Vaillant, et qui portera son Arnold sur toutes les scènes de France et de Belgique près de cent fois… sauf sur celle du dédaigneux Opéra de Paris, auquel suppléa en partie le présent enregistrement !
Et Tony Poncet avait désormais trouvé sa… voie, lancé dès 1957 dans un retentissant Canio, certes précieux pendant le deuil de son modèle, José Luccioni, auquel, à défaut d’hériter sa belle diction, le reliait certaine affinité de timbre, mais un Poncet ne laissant alors pas soupçonner ce registre suraigu souple et brillant, que, dès le retour de Luccioni et sa descendance assurée dans Paillasse, il allait peu à peu dispenser dans les rôles d'Adolphe Nourrit et de son successeur Duprez, soit, bientôt La Favorite, La Juive, et jusqu'aux Huguenots qu'il portera même à New York. Mais son Arnold n'allait pas être celui des contre-ut tonitruants qu'attendaient les public du midi (avec point d'orgue obligé sur l'ut dièse des "palmes du martyre" dans le trio du II !), mais l'alliance d'un raffinement de vaillance et de délicatesse, comme dans le très redoutable duo avec Mathilde, présent ici, où s'égrènent, autour de quelques contre-ut, de délicates arabesques, distillées avec une stupéfiante habileté, sans pour autant priver les habitués de là-haut des ut vaillants mais souples de sa grande scène, bissant sans difficulté, et s'identifiant au rôle au point de nommer plus tard sa fille du nom de l'héroïne de l'opéra ! Combien les éditeurs de disques furent coupables de ne pas graver intégralement l'opéra (qui le fut bien plus tard avec des interprètes n’ayant jamais –ou presque- joué leurs rôles à la scène !), d'autant que les partenaires ne manquaient guère alors, des grandes sopranos françaises et belges, ici la regrettée Irène Jaumillot, propulsée à vingt ans sur les scènes parisiennes, jusqu'aux trois grands Guillaume qui l'accompagnèrent, ici Jean Borthayre, alors sexagénaire, à l'émotion prégnante, et peut-être le plus beau timbre de baryton français du siècle, ailleurs René Bianco, ou Henry Peyrottes que nous retrouvons dans les extraits pris sur le vif complétant le présent disque; où figure le fameux do dièse du trio, et avec point d'orgue comme l'attendaient les aficionados du midi, donné d'une voix savamment "mixtée", dans l'authentique tradition de Duprez, souvenir d'un Poncet trop tôt vaincu par la maladie, mais alors tel qu'en lui-même, avec sa diction française plus proche de Bagnères-de-Bigorre que de la France profonde, mais témoignant de sa sincérité et sa joie de dispenser l'argent en fusion d'un timbre d'une rare richesse.
Que dire de l'après Poncet en France et en français ? Guillaume Tell disparut de l'affiche -sauf à Dijon avec Br. Sébastian- sinon en italien avec d'excellents Bonisolli et Fisichella, en attendant la résurrection du rôle par le fabuleux mais trop météorique Chris Merritt dès 1987 (secondé à Paris par G. Kunde), ici en français puis stupidement capté au disque en italien ; mais à part Jean Luc Viala, porté par Alberto Zedda, Arnold redevint l'apanage de ténors étrangers, dans l'une ou l'autre langue, avant d'appartenir surtout à la détestable sonorisation théâtrale, capable d'y faire "entendre" même des ténors légers, sans pouvoir toutefois leur donner la véritable couleur du rôle. D'où la précieuse remise à disposition de ce trop bref mais authentique témoignage, en attendant que puissent être un jour publiées les captations théâtrales des dix années de l'Arnold pyrénéen de Tony Poncet. Roland Mancini











Prix : 9.00 (Including TVA at 20%)


Vu precedemment