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Divins pianissimi

Divins pianissimi

Ref: AMR172

DIVINS PIANISSIMI
01.Renée Doria, Thaïs (Massenet), "Dans la cité céleste" avec R. Massard, J.Etcheverry,1961
02.Zinka Milanov, La Gioconda (Ponchielli), "Enzo adorato" Met 1957
03.Magda Olivero, Iris (Mascagni), "Ognora sogni…" dir. Angela Questa, 1956
04.Magda Olivero Adriana Lecouvreur (Cilea), " Sull'onor giuro" dir. Fulvio Vernizzi 1965
05.Giannina Arangi-Lombardi, Aida (Verdi), "O patria mia" dir. Lorenzo Molajoli, 1928
06.Nellie Melba, La Bohème (Puccini), fin de l'acte I avec Enrico Caruso, enregistré en 1907
07.Elisabeth Schumann, Der Rosenkavalier (R. Strauss), Présentation de la rose,
Robert Heger, enregistré en 1933
08.Hilde Zadek, Requiem (Verdi) "Requiem in aeternam", dir. Herbert von Karajan, 1949
09.Charles Friant, Manon (Massenet), "En fermant les yeux"
10.Suzanne Cesbron-Viseur, Sapho (Massenet), La Séduction
11.David Devriès, Les Pêcheurs des perles (Bizet), "Je crois entendre"
12.David Devriès, Carmen (Bizet), air de la Fleur
13.Marcel Wittrisch, Carmen ( Bizet), air de la Fleur
14.Giacinto Prandelli, Adriana Lecouvreur (Cilea), "La dolcissima effigie"
15.Miguel Fleta, Tosca (Puccini), "E lucevan le stelle"
16.Tino Folgar, Los Gavilanos (Martin y Guerrero) "Flor roja", enregistré en 1931
17.John McCormack, "Swans" (Kramer/ Teasdale), enregistré en 1923
18.Richard Tauber, "Ideale" (Tosti)
19.Rosa Ponselle, "Elégie" (Massenet), enregistré en 1926
20.Feodor Chaliapine, Chant d'amour persan (Rubinstein), enregistré en 1931
21.Joseph Schwarz, "O komm im Traum" (Liszt)
22.Alan Bilgora, "Lovely night", (trad.)
23.Vladimir Rosing, Berceuse de la Volga (trad.)
24.Emma Calvé, "Ma Lisette", enregistré en 1908.

A l'opéra, rien n'est plus susceptible de déchaîner un tonnerre d'applaudissements qu'un contre-ut fortissimo lancé par un ténor. Les divers contre-uts de Manrico dans " Di quella pira " sont un moyen garanti de se mettre le public dans la poche. Mais les vrais connaisseurs savent qu'un aigu propre et tenu, s'il est chanté d'une voix douce, constitue un exploit vocal bien plus grand, et qui offre des plaisirs d'un tout autre ordre.
Les aficionados de YouTube connaissent peut-être les commentaires extasiés suscités par un l'exquis pianissimo de douze secondes que Renée Doria émet lors de ses adieux à Athanaël, à l'acte III de Thaïs. Lui annonçant qu'ils se reverront dans la " cité céleste ", Thaïs se tourne vers le couvent, accompagné par la séduisante mélodie de la Méditation. Dans l'interprétation de Renée Doria, l'effet est véritablement céleste.
A l'acte I de La Gioconda, Ponchielli offre à son héroïne l'occasion d'un effet pareillement cathartique quand Gioconda sort sur ces mots : " Madre ! Enzo adorato ! Ah, come t'amo ! ", avec un si bémol aigu tenu et piano. Cet instant dépasse parfois les possibilités des titulaires du rôle, même les plus grandes. Maria Callas n'était pas n'importe qui mais, sur ses deux enregistrements, elle ne put émettre qu'une note rabougrie et instable. Quand Renata Tebaldi aborda le rôle, elle était incapable de chanter cette note autrement que forte.
Entre les deux guerres, Rosa Ponselle était réputée pour son exécution superbe de ce si bémol. Bien des années plus tard, Magda Olivero raconta à la basse Jerome Hines que c'était en écoutant Ponselle chanter cette note " sur un disque " qu'elle avait eu envie d'acquérir la technique des aigus flottants qui allait devenir une caractéristique magique de son art. Ponselle n'a en réalité jamais enregistré ce passage de La Gioconda, mais Olivero l'entendit peut-être lors d'une diffusion radio, ou admira simplement les pianissimi de Ponselle sur d'autres disques.
Après Ponselle, la soprano la plus admirée dans ce passage de La Gioconda fut Zinka Milanov. Lors des représentations, cet instant suscitait toujours des applaudissements enthousiastes, qui empêchaient de savourer le magnifique postlude orchestral composé par Ponchielli.
Certains des airs les plus célèbres du répertoire exigent d'être couronnés par un aigu émis en douceur mais cette indication est rarement respectée, surtout par les ténors. Les exemples les plus flagrants sont le si bémol à la fin de " Celeste Aida " (marqué pianissimo), le contre-ut dans " Salut, demeure chaste pure ", le si bémol à la fin de l'air de la Fleur, et la note d'ouverture de " La dolcissima effigie " dans Adrienne Lecouvreur (marqué pp et mezzo voce).
Dans le répertoire français, on s'attend dans l'idéal à un usage habile de la voix mixte, art perdu, illustré par David Devriès et Charles Friant. Massenet insistait en particulier sur les modulations dynamiques les plus délicates, comme nous l'entendons dans la scène de la séduction, extraite de Sapho, enregistrée par Suzanne Cesbron-Viseur et par Renée Doria.
A la fin du premier acte de La Bohème, Puccini demande que Mimì quitte la scène en tenant un contre-ut marqué pp et perdendosi. Au lieu de quoi on a le plus souvent droit à un hurlement fortissimo. Puccini n'appréciait guère l'interprétation de Melba, mais il aurait dû lui être reconnaissant d'avoir montrer comment une soprano doit chanter cette note, dans un enregistrement réalisé avec Caruso en 1907. Mary Garden a laissé une description frappante de l'impression produite par cette note : " La façon dont Melba chantait ce contre-ut était la chose la plus étrange, la plus bizarre que j'ai vécue. La note arrivait en flottant au-dessus du parterre de Covent Garden : elle quittait la gorge de Melba, ellequittait le corps de Melba, elle s'élevait comme une étoile et passait devant nous dans notre loge, puis s'envolait vers l'infini ".
Un autre enregistrement fixe une norme qui ne sera sans doute jamais surpassée : l'interprétation stratosphérique par Elisabeth Schumann des phrases aiguës dans la Présentation de la rose au début de l'acte II du Chevalier à la rose.
Verdi soumit ses sopranos à rude épreuve, notamment avec le contre-ut de l'air du Nil dans Aida, ou le si à la fin du solo, dans le dernier mouvement du Requiem. C'est parce qu'elle redoutait le contre-ut d'Aida que Rosa Ponselle ne chanta le rôle que deux fois sur la scène du Met de New York.
L'une des plus remarquables interprètes de l'air du Nil était la soprano allemande Elisabeth Rethberg. Ponselle disait en plaisantant que, lors d'un concert idéal, elle chanterait " Ritorna vincitor " et Rethberg chanterait " O patria mia ". Rethberg enregistra l'air trois fois, mais ne chanta le contre-ut piano que pour la première gravure. Dans son livre La Grande Tradition, John Steane attribue cette évolution à l'influence grossière du public new-yorkais, insulte sans doute injustifiée à l'encontre d'un des publics d'opéra parmi les plus raffinés. Une explication plus vraisemblable est qu'en vieillissant, Rethberg ne voulait plus prendre le risque de chanter cette note piano. Même sur le premier des trois enregistrements, le contre-ut ne paraît guère confortable. Sa contemporaine italienne, Giannina Arangi-Lombardi, crée un effet plus idiomatique et plus beau en attaquant la note piano pour l'enfler progressivement avant de terminer l'air sur un pianissimo ravissant.
Pour une soprano, peu de notes sont plus terrifiantes que le si cruellement exposé dans le Requiem de Verdi. Cette note fut la Bérésina de nombreuses chanteuses. Lors d'une interprétation en direct, dirigée par Toscanini en 1940, nous entendons la crainte dans la voix de Zinka Milanov lorsqu'elle entreprend la périlleuse montée jusqu'à cette note. Quelques années plus tard, la jeune Hilde Zadek atteignit presque la perfection dans le même passage, sous la baguette de Karajan.
Il est assez révélateur de voir un chanteur respecter à la lettre les indications de dynamique laissées par le compositeur dans " La dolcissima effigie " d'Adriana Lecouvreur, comme le fait Giacinto Prandelli. Il entame l'air en douceur puis, après un sommet forte, il revient rapidement au piano pour les mots " bella tu sei " assez inconfortables à chanter sur des notes hautes. Tout aussi révélateurs, ces moments où un chanteur plein d'imagination s'autorise des audaces comme celles de Miguel Fleta dans une version d' " E lucevan le stelle " que certain jugeront peut-être choquante. Le long diminuendo de Fleto alors qu'il décrit le dévoilement des beautés du corps de Tosca produit un effet étrangement érotique. Ce genre d'effet morendo était une caractéristique assez spéciale et souvent délicieuse des ténors hispaniques comme Juan Garcia et Tino Folgar.
Il y a un plaisir particulier à entendre une grande voix se réduire habilement à un pianissimo bien calibré. L'une des plus amples voix de soprano du XXe siècle fut celle de Rosa Ponselle. Shirley Temple, l'enfant star, se rappelait avoir été terrorisée lorsque, pour le tournage d'une publicité, elle fut confrontée à Ponselle dans l'espace confiné de sa caravane hollywoodienne. Sur la note suprême de l'Elégie de Massenet, Ponselle sonne en effet comme la Statue de la Liberté poussant un cri, mais cela rend d'autant plus efficace la douceur veloutée de son chant au début et à la fin de cette mélodie.
D'autres chanteurs à grande voix pouvaient produire un effet magique par la douceur de leur émission : on peut notamment citer le baryton allemand Joseph Schwarz et la basse russe Feodor Chaliapine.
La note pianissimo tenue pendant 27 secondes à la fin de la " Berceuse de la Volga " de Vladimir Rosing doit être l'une des plus longues à avoir été enregistrées. Mais il ne fait aucun doute que la note la plus remarquable du présent disque est la toute dernière, un contre-ré pianissimo exécuté presque aussi parfaitement que le contre-ut de Melba, émis par Emma Calvé dans la chanson populaire " Ma Lisette ". C'est d'autant plus remarquable si l'on se rappelle que Calvé est particulièrement réputée pour son interprétation de Carmen et de Santuzza, rôles qui ne demandent aucune virtuosité de ce genre.
Dans son autobiographie, Calvé raconte qu'elle apprit à lancer ces notes extrêmes auprès de l'avant-dernier castrat du Vatican, Domenico Mustafa. " La première question que je lui ai posée fut pour savoir comment je pourrais apprendre à chanter ces notes célestes. 'C'est bien facile, répondit-il. Vous n'avez qu'à vous entraîner la bouche bien fermée deux heures par jour. Au bout de dix ans, vous arriverez peut-être à quelque chose' ". Il ne fallut à Calvé que trois ans. Vous pouvez juger du résultat sur ce disque.


J'aimerais remercier Alan Bilgora, qui m'a fait profiter de son incomparable connaissance des chanteurs et des trésors de sa collection de disques. Comme vous pouvez l'entendre sur la plage 22, Alan était lui-même capable d'émettre de superbes pianissimi.

HEAVENLY PIANISSIMI
( PIANISSIMI CéLèSTES)
In praise of singing softly

Nothing is more likely to generate a storm of applause in the opera house than a fortissimo top C from a tenor. Manrico's multiple top C's in Di quella pira are guaranteed to bring the house down. But true connoisseurs know that a cleanly executed and sustained high note sung softly is a far greater vocal feat and one that can offer pleasures of a different order.
Aficionados of YouTube may be aware of the chorus of ecstatic commentaries on a posting of Renée Doria's exquisite twelve second pianissimo as she says farewell to Athanael in Act III of Thais. Telling him they will see one another in the "Cité celeste" Thais turns towards the convent accompanied by the seductive melody of the Méditation. In Doria's performance the effect is truly celestial.
In Act I of La Gioconda Ponchielli offers his soprano heroine the opportunity of creating a similarly cathartic effect when Gioconda exits with the words "Madre! Enzo adorato! Ah! Come t'amo!" and a sustained and softly sung high B flat. This moment can defeat even the greatest interpreters of the role. Maria Callas knew what to do but in both her recordings could produce only a scraggy and unsteady tone. By the time Renata Tebaldi came to sing the role she was incapable of singing the note at less than forte.
Between the wars Rosa Ponselle was renowned for her fine execution of this B flat. Many years later Magda Olivero told the bass Jerome Hines that it was hearing Ponselle sing it on a "record" that inspired her to work towards acquiring the technique of floating sustained top notes that became such a magical and expressive feature of singing. In fact Ponselle never recorded that particular passage, though Olivero could have have heard a radio broadcast or simply have admired Ponselle's pianissimi on other records.
After Ponselle the singer who was most admired in this moment of La Gioconda was Zinka Milanov. In live performance it never failed to elicit enthusiastic applause - thus spoiling the lovely orchestral postlude that follows Gioconda's exit.
Some of the most famous arias in the operatic repertoire require softly sung climactic notes but rarely get them, especially from tenors. Notable examples are are Radames' "Celeste Aida" (final B flat marked pianissimo), the top C in Faust's "Salut demeure" , the B flat in Don José's Flower Song and the opening of Maurizio's "La dolcissima effigie" in Adriana Lecouvreur (marked PP and mezzo voce).
In the French repertoire we want ideally the skilful use of the "voix mixte", a lost art, exemplified by David Devries and Charles Friant. In particular Massenet insisted upon the most delicate dynamic modulations as we hear in the "Séduction" from Sapho as recorded by Suzanne Cesbron-Viseur and Renée Doria.
At the end of act I of La Bohème Puccini asks for Mimi to walk off stage holding a top C marked PP and Perdendosi. We usually get something closer to a fortissimo shriek. Though Puccini disliked Melba's interpretation of Mimi he should have been grateful to her for demonstrating how every soprano should take this note in a recording made with Caruso in 1907. Mary Garden left a vivid description of the impression made by this note in live performance. "The way Melba sang that high C was the strangest and weirdest thing I have ever experienced in my life. The note came floating over the auditorium of Covent Garden: it left Melba's throat, it left Melba's body, and it came over like a star and passed us in our box, and went out into the infinite."
Another recording that sets a standard never likely to be surpassed is Elisabeth Schumann's rendition of the ecstatic high lying phrases in the Presentation of the Silver Rose at the beginning of Act II of Der Rosenkavalier.
Verdi presented his sopranos with some notoriously testing soft high notes including the climactic C in Aida's Nile aria and the B at the end of the solo in the final movement of the requiem. It was the dread of Aida's top C that prevented Ponselle from singing the role more than twice on the stage of the Met in New York.
One of the most noted exponents of the Nile aria was the German soprano Elisabeth Rethberg. Ponselle joked that in an ideal performance she should sing "Ritorna vincitor" and Rethberg "O patria mia". Rethberg recorded the aria three times but only sang the C softly in the first version. In his book The Grand Tradition John Steane attributes this to the coarsening influence of New York audiences, surely an unwarranted slur on one of the world's most sophisticated opera audiences. A more likely explanation is that as Rethberg grew older she was unwilling to take the risk of singing the note softly. Even in the first recording the note hardly sounds comfortable. Her Italian contemporary Giannina Arangi-Lombardi creates a more beautiful and idiomatic effect by attacking the note softly and then swelling it gently before ending the aria on a ravishing pianissimo.
There can be few more terrifying notes for a soprano than the cruelly exposed B in the Verdi requiem. It has proved the Waterloo of many fine singers. In a live performance under Toscanini from 1940 we hear the fear enter Zinka Milanov's voice as she makes the perilous ascent to the note. A few years later the young Hilde Zadek achieved something close to perfection in the same passage under Karajan.
It can be revelatory when a singer scrupulously follows the dynamic markings of the composer as Giacinto Prandelli does in "La dolcissima effigie" from Cilea's Adriana Lecouvreur. He launches the aria softly and then after the forte climax pulls back swiftly to piano for the uncomfortably high lying words "bella tu sei". But it can be equally revelatory when an imaginative singer strikes off on his own as Miguel Fleta does in what to some ears might sound like a shockingly wayward version of "E lucevan le stelle". Fleta's long drawn out diminuendo as he describes unveiling the beauties of Tosca's body produces a strikingly erotic effect. Such indulgent "morendo" effects were a peculiar and often delightful feature of Hispanic tenors such as Juan Garcia and Tino Folgar.
There is a special pleasure in hearing a big voice skilfully reduced to a well-focused pianissimo. One of the biggest soprano voices of the twentieth century was that of Rosa Ponselle. Child star Shirley Temple recalled the alarm she felt when in a publicity stunt Ponselle was brought to sing to her in the confined space of her Hollywood trailer. In the climax of Massenet's Elégie Ponselle does indeed sound like the Statue of Liberty in full cry but this makes the velvety hush of her singing at the beginning and end of the piece all the more effective.
Other big voiced singers who could produce a magical effect with their soft singing included the German baritone Joseph Schwarz and the Russian bass Feodor Chaliapine.
The 27 second pianissimo final note of Vladimir Rosing's "Volga lullaby" must be one of the longest on record. But there is no doubt that the most remarkable note on this CD is the very last - a softly taken top D executed almost as perfectly as Melba's top C, sung by Emma Calvé in the simple folk song "Ma Lisette". It seems all the remarkable when one remembers that Calvé was especially celebrated for her interpretations of Carmen and Santuzza, neither of which requires such outlandish skills.
In her autobiography Calvé related how she learned how to float these extreme top notes from the penultimate Papal castrato Domenico Mustafa.
"The first question I asked was how I might learn to sing those heavenly tones. "It is quite easy," he answered. "You have only to practice with your mouth tight shut for two hours a day. At the end of ten years, you may possibly be able to do something with them."
It took Calvé a mere three years. You may judge the result on this CD.

I would like to express my gratitude to Alan Bilgora who shared his incomparable knowledge of singers with me and also treasures from his record collection. As you can hear on track 22 Alan was capable of floating a beautiful pianissimo himself.



Patrick Bade






Prix : 9.00 (Including TVA at 20%)


Vu precedemment