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Cesar Vezzani - Les Odeons 1912-1914

Cesar Vezzani - Les Odeons 1912-1914

Ref: CDRG178

Enregistrements Odéon 1912-1914 (Acoustiques)

01 - 111 284 Gounod - La Reine de Saba : « Faiblesse de la race humaine… » 4.58
02 - 111 337 Meyerbeer - l’Africaine : « O paradis… » 2.56
03 - 111 338 Verdi - Othello : « Tout m’abandonne… » 2.31
04 - 111 339 Leoncavallo – Paillasse : « M’habiller… » 2.17
05 - 111 482 Meyerbeer – Le pardon de Ploërmel : Air du faucheur 2.05
06 - 111 557 Puccini – La Tosca : Entrée de Mario (avec Paul Payan). 3.30
07 - 111 557 Puccini – La Tosca : « O de beautés égales… » 2.49
08 - 111 558 Puccini – La Tosca : « Elle est bonne, ma Tosca… » 2.30
09 - 111 879-880 Halévy - La Juive : duo avec le Cardinal ( Paul Payan) 6.06
10 - 111 881 Massenet – Werther : « Lorsque l’enfant revient… » 3.11
11 - 111 882 Massenet – Werther : « Pourquoi me réveiller… » ? 1.55
12 - 111 883 Grétry – Richard Cœur-de-Lion : « Si l’univers entier… » 2.49
13 - 111 884 Puccini – la Bohème : « Que cette main est froide… » 3.22
14 - 111 885 Godard – Berceuse de Jocelyn. 2.33
15 - 111 889 Bizet – Carmen : Air de la fleur 2.54
16 - 111 892 Grannier - Hosanna. 2.24
17 - 111 894 Gounod – Roméo et Juliette : Cavatine 2.58
18 - 111 895 Gounod – Mireille : « Anges du paradis… » 2.33
19 - 111 896 Lalo le Roi d’Ys : Aubade 3.07
20 - 111 897 Verdi - Othello : “Que nul ne craigne…” 3.30
21 - 111 898 Schubert : Sérénade. 3.14
22 - 111 900 Massenet - La Navarraise : « O bien-aimée… » 2.45
23 - 111 901 Massenet – Manon : Ah! fuyez douce image… » 2.38
24 - 111 950 Massenet – Manon : Le Rêve « En fermant les yeux… »2.44

25 - Gounod - La Reine de Saba : « Faiblesse de la race humaine… »
Séance d’enregistrement du 27 février 1923. Gramophone U 63 5.30

Total CD 78’51’’

Un ténor surdoué

Avant même d’avoir terminé ses études au Conservatoire de Paris, le jeune Vezzani était engagé par Albert Carré à l’Opéra-Comique, où on ne manquait pourtant pas de ténors. Il débutait le 17 décembre 1911 dans le rôle-titre de Richard Cœur-de-Lion. En quelques mois il jouait avec un grand succès : Carmen, Manon, Tosca, Paillasse, Cavalleria, Le Pardon de Ploërmel. Il était parti pour une carrière ininterrompue de quarante ans, entravée par deux guerres mondiales. Dès 1912 la firme Odéon lui faisait enregistrer de suite un très grand nombre de disques, qui maintenant sont considérés par les collectionneurs et les amateurs de chant comme de vrais trésors. Malibran-Music a mis à son catalogue la plupart des enregistrements « électriques » de Vezzani (1926-1934) ; ce qui nous a valu une lettre enthousiaste de Monsieur J. Cruciani, professeur de lettres retraité, qui nous écrit de Porto-Vecchio. Nous passons sur ses compliments ; mais ses propos exaltés sur ce César du contre-ut, voire leur emphase toute méditerranéenne, ne sont pas sans poser de pertinentes questions.
-”Une légende, certes. Un être haut en verbe et en couleurs. Un conquérant facétieux, dont le prénom, (peut-être d’origine étrusque), évocateur de couronnes et de tiares, n’est sans doute pas le fait du hasard : César.
-Un mystère aussi : comment le jeune bastiais, ignorant tout de la grammaire, des littératures et des solfèges, a-t-il pu, brûlant même les étapes traditionnelles de l’apprentissage, devenir en trois ou quatre ans un des premiers ténors de Paris, convoité par l’Amérique ? Comment a-t-il pu entreprendre et réussir une carrière triomphale de quatre décennies, maîtrisant les rôles les plus divers, les plus difficultueux, sans fatigue apparente, grâce à une technique, à une registration parfaites ? Comment, j’en peux témoigner, a-t-il pu, la soixantaine venue, conserver cet éclat, mais aussi ces douceurs, ces demi-teintes ? Les disques sont là. Qui peut-on sérieusement lui opposer, dans Samson, dans Werther, dans Radamés, voire dans Siegmund ou Lohengrin ? A qui devait-il donc ces secrets merveilleux ? Cette justesse de ton, ce phrasé sobre et persuasif ? A sa compagne, Agnès Borgo ; au Conservatoire de Paris, à l’époque encore roboratif ? En partie, sûrement. Pour l’abc, ou pour l’apprêt, la finition. Mais ils n’expliquent pas tout. D’où tenait-il vraiment les sortilèges essentiels de son art, ce mâle et sensible héritier des aèdes et des troubadours ? Sans doute à un insondable atavisme, à des effluves telluriques et fertilisants. INGENIUM : toutes les vertus qu’on apporte en soi, en naissant, tout ce qu’on peut amender, perfectionner, voire sublimer. Mais qu’on n’invente pas. INGENIUM : Le génie.”
Le problème Vezzani ainsi posé en termes poétiques, il convient de raison garder. Sans être un de ses intimes, je l’ai rencontré plusieurs fois dans ma jeunesse ; par la suite j’ai longuement œuvré pour la diffusion de ses disques et pour sa réhabilitation artistique. Je crois donc pouvoir apporter au dossier quelques éléments plus précis, présentés ici succinctement.
1.De récents travaux sur les enfants surdoués me semblent révélateurs. Souverain, quasi parfait dans son art, largement supérieur, en effet, à tous ses concurrents, il s’est trouvé mal à l’aise dans une société hostile. Visiblement dépourvu de toute souplesse manœuvrière, maladroit avec le directeur qui lui avait donné sa première chance, inapte à défendre ses intérêts matériels, en butte aux jalousies de concurrents plus rusés, etc, etc. Il s’est muré dans une situation atypique. Irremplaçable dans toutes les villes françaises ou nord-africaines où les amateurs de chant, encore connaisseurs, faisaient régulièrement appel à ses service insignes.
2.La guerre de 1914, brisant son essor, il a sans doute été moralement, encore plus affecté que d’autres.
3. Ecarté de Paris, fêté à Marseille et Alger, dernières citadelles du « Bel Canto » français, il s’est complu dans un personnage quasi tartarinesque; doué d’une santé de fer, dont il abusa, chantant à pleine voix en toute occasion, s’amusant, accumulant les succès et les gestes de solidarité, sans jamais penser au lendemain.
4.Il fut victime de la calomnie et d’un de ces complots, si fréquents dans d’autres activités professionnelles et particulièrement en politique. Dans sa confidentielle publication « Lyrica » Mercutio, (le reputé ténor Thomas-Salignac), artiste hors pair, mais affligée d’une voix ingrate, ne cite jamais son nom. Je l’ai entendu (en 1946, je crois), en superbe forme vocale, « auditionner » comme un débutant, enfilant dix-sept morceaux terrifiants (La Juive, Werther, La Reine de Saba…) devant l’inébranlable Louis Musy et une théorie de ténorinos blêmissants. A la même époque, je réentends la superbe Germaine Hoerner, qui chantait avec lui « Faust » à Rouen, s’écriant « Comment, il y a en France un pareil ténor, et on ne le savait pas ? On ne le savait pas, à Paris ! Comme ailleurs la médiocrité rampante triomphait.
On le faisait quasiment passer pour fou. Il ne l’était pas; simplement muré dans une bulle, dans un monde à lui, où seuls avaient place le chant, la joie de chanter et de vivre. Il reste un livre à écrire à son sujet . On n’a fait ici qu’effleurer le sujet. Une anecdote pour finir. Quelques semaines avant son fatal accident cérébral je le revois avec son grand feutre bleu clair, gagner l’Opéra de Marseille, où il allait incarner le soir Eléazar, après avoir chanté la veille « La Favorite » sur la même scène. Rencontrant la jeune cantatrice Renée Doria qui venait, en matinée, de triompher dans La Traviata, il lui déclara, avec sa pointe d’accent occitan : « Mademoiselle, je vais demander de chanter Rigoletto avec vous ». Il l’eût fait, toujours en perfection et avec éclat. Pourquoi pas le dimanche après-midi, en enchaînant avec Sigurd en soirée? Pour lui une prouesse banale, depuis près d’un demi-siècle.

A supremely gifted tenor.
Even before he had finished his studies at the Paris Conservatoire, the young Vezzani was engaged by Albert Carre for the Opera-Comique where there was no shortage of tenors. He made his debut on 17 December 1911 in the title role of “Richard Coeur de Lion”. Within a few months and with great success, he had sung in Carmen, Manon, Tosca, Paillasse, Cavalleria and Le Pardon de Ploermal. He set off on an uninterrupted career of 40 years, hindered by two world wars. From 1912 onwards, the firm of Odeon engaged him to make a large number of records, that today are regarded by collectors as real treasure. Malibran-Music has presented the majority of his electric recordings (1926-34) in its catalogue. This has earned us an enthusiastic letter from Monsieur M. Cruciani, a retired professor of literature who has written to us from Porto-Vecchio. We shall pass over his complimnets. But his inspired comments about the Caesar of the high Cs (note their completely Mediterranean bias) raise interesting questions.-
“A legend, without doubt. An eloquent and colourful character. A mischievous conqueror, whose first name Cesar, perhaps of Etruscan origin and evoking crowns and diadems, was hardly an accident.- A mystery as well. H ow was a young man from Bastia, knowing nothing of grammar, literature and musical notation and by-passing the traditional stages of apprenticeship, able to become one of the leading tenors of Paris and already looking towards America, within three to four years. How was he able to undertake and succeed in a triumphal career of four decades, mastering the most diverse and difficult roles without apparent fatigue, thanks to perfect technique and placing of voice? How was it possible, as I was able to witness, that at approaching 60, he was bale to conserve that brilliance, that sweetness and his half tones?
The records offer evidence. Who was able to compete with him as Samson, Werther and Radames or indeed as Siegmund or Lohengrin? To who did he owe these marvelous secrets? This precision of tone, this sober and persuasive phrasing? To his partner Agnes Borgo? To the Paris Conservatoire, still stimulating at this time? In part surely. For the abc and for the finishing. But this cannot explain it all. From where did he really derive the magic essentials of his art, this masculine and sensitive artist, this heir of the bards and the troubadors? Without doubt much came from some unfathomable atavism and ancient and fruitful roots. Ingenium; all the qualities that one carries within oneself from birth, everything that one can develop, perfect and indeed sublimate, but that one cannot invent. Ingenium; genius.”
This is the enigma of Vezzani, put in poetical terms. Without being a close friend, I met him several times in my youth. Later I worked hard to spread knowledge of his records and for the restoration of his artistic reputation. I feel therefore that I can bring several more precise elements to his case and shall present them here succinctly.
1.Recent research on gifted children seems to throw some light on the case. Supreme, almost perfect in his art, in effect evidently superior to all his rivals, he was ill at ease in a hostile society. Visibly lacking in flexibility and tactical skills, maladroit with the director who had given him his first chance, inept at defending his material interests, the butt of jealous and more clever rivals etc etc. He was stuck in an atypical situation. Irreplaceable in all the French and North african towns where lovers of singing were still connoisseurs.
2.The war of 1914 interrupted the progress of his career. His morale was no doubt even more affected than those of others.
3.Ignored in Paris feted in Marseilles and Algiers, the last citadels of French “Bel Canto”, he took pleasure in a quasi tartarinesque persona. Endowed with an iron constitution that he abused, singing in full voice on every occasion and having fun.
4. Avoiding Paris and more lucrative opportunities, he fell victim to one of those plots so frequent in other professional activities and particularly in politics. In his confidential publication “lyrica”, Mercutio (the great tenor Thomas-Salignac), an excellent artist with an uningratiating voice never even mentions his name. I heard him (in 1946 I believe) in superb vocal form, “auditioning” like any beginner with ten formidable pieces (La Juive, Werther, La Reine de Saba) before the intransigent Louis Musy, and a theory of anaemic tenerinos. Around the same time I heard once again the superb Germaine Hoerner singing with him in “Faust” at Rouen, exclaiming “How can there be such a tenor in France and no-one knows about him! They don’t know him in Paris, where otherwise mediocrities triumph. They made him out to be almost mad. He was not that, merely out of his element in a modern world when he cared only for song and the joy of singing and of living. A book could be written on the subject. I have hardly been able to touch upon it here.
One last anecdote. Several weeks before his final heart attack, he arrived at the Opera in Marseilles,( I can still see him in his large, light blue felt hat) where he was going to undertake the role of Eleazer that evening, having sung “La Favorite” the night before on the same stage. Meeting the young Renée Doria who had triumphed that afternoon in La Traviata he declared “Mademoiselle” I will demand to sing Rigoletto with you”. He did so, still with his full powers and brilliance. Why not on a Sunday afternoon, moving on to Sigurd in the evening? For him it had been a perfectly normal feat for the past 40 years.

Guy Dumazert
Remerciements à Patrick BADE.


Prix : 13.00 (Including TVA at 20%)


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