TONY PONCET ténor de l'Opéra
23/12/1918 à Maria en Espagne-13/11/1979 à Libourne en France
SOUVENIRS A TOULON
La première fois que j'ai vu Tony Poncet à l'Opéra de Toulon, c'était dans Paillasse en Avril 1959 pour la soirée des adieux de la saison lyrique : j'avais 12 ans. Le souvenir est marqué autant par la stature de l'homme que par la voix chaude et puissante tintée d'un accent pyrénéen, qui fait que de suite on la reconnaitra. J'étais avec mon grand père, qui me disait réentendre la voix de Vezzani ; ce qui n'était pas le moindre éloge.
Dés que j'ai pu je me suis précipité pour acheter son récital d'opéra : La Juive, l'Africaine, Les Huguenots… que j'écoutais inlassablement.
En 1962, l'Opéra de Toulon annonce en ouverture de la saison : La Juive sans en préciser la distribution. Quelle déception ce fut que le rôle d'Eléazar n'était pas tenu par T.Poncet.
En Avril 1963, nouveau gala des Adieux. Paillasse le Dimanche après midi avec Poncet et le soir en clôture le trio de Faust. Particularité ce trio était chanté par 3 sopranos, 3 basses et 3 ténors dont T.Poncet. J'allais enfin l'entendre quoique brièvement dans autre chose que Paillasse et de plus confronté à d'autres artistes. Sa voix dominée celle de tous ses collègues pour terminer sur un puissant si naturel.
Il faudra attendre à Toulon 1965 pour enfin le voir dans « Guillaume Tell ».Dans le midi de la France lorsque on est émus ou qu'on a le trac on dit : « j'ai le bati-bati ». C'est exactement la sensation que j'avais ce soir là avant qu'il n'entame le duo « O Mathilde » avec Guillaume/Peyrottes, allait il être aussi bien que dans le disque. Nous n'avons pas été déçus, le délire était au rendez vous pour « Asile héréditaire » qu'il du bisser.
En 1966 il vient chanter Aida. Habitué du poulailler, pour une fois j'étais placé dans la loge des journalistes, suite à un travail de collégien avec un journal local, je pouvais voir, Poncet/Radames de prés. Il terminait le si bémol de « Céleste Aida » en l'attaquant piano puis il amplifiait la voix.
Toutes les prestations de Poncet j'allais les voir 2 fois, en soirée et en mâtinée. C'était un ténor généreux, toujours dans le ton, il n'hésitait pas à bisser, même à trisser ce qu'il faisait dans Rigoletto et plus éprouvant le « supplice infâme » du Trouvère.
Au moment où le public se clairsemait à l'opéra, à chaque ouvrage montait avec T.Poncet, il affluait. Après Guillaume et Aida, il se produira régulièrement dans son répertoire de prédilection : Le Trouvère, La juive, Les Huguenots, Rigoletto, la Favorite, et un dernier Trouvère en 1970. On l'entendra encore une fois à Toulon, dans un ultime récital en 1977.Mais Tony Poncet est malade.
Dans ces années là des émissions de radio étaient consacrées à l'opéra où les artistes français étaient valorisés. C'était le cas d'Une Saison d'Opéra de Dominique Pléssis, où souvent elle invitait T.Poncet, qu'elle interviewait. C'est ainsi que j'appris qu'il c'était engagé dans la légion étrangère en 1940, fait prisonnier par les allemands, libéré en 1945 après 2 tentatives d'évasion, et qu'il avait refusé de travailler le chant avec les nazis. Tony Poncet est détenteur de plusieurs médailles dues à son attitude pendant la deuxième guerre mondiale.
Il repose dans le village de Saint Aigulin en Charente. De nombreux hommage lui ont été rendus en 2009 pour commémorer les 30 ans de sa disparition.
Pour une biographie complète de Tony Poncet sa fille Mathilde a publiée aux éditions l'Harmattan son livre : « Tony Poncet » Ténor de l'Opéra : Une Voix un destin.
Richard Del Taglia