Son père, Isaac (celui-là même qui a troqué son nom de Eberst contre celui de sa ville natale, Offenbach-am-Main, et non son fils, comme on peut le lire souvent), chantre à la Synagogue, compositeur à ses heures – on lui doit de nombreux chants religieux juifs dans lesquels on reconnaît parfois le style du fils – va alors prendre en main l'éducation musicale de son dernier né. Il pourra compléter le petit duo composé par la sœur et le frère aîné (Julius) de Jacob. Il jouera du violon !

Mais un soir, Isaac ramène un violoncelle sans savoir qu'il va ici changer le cours des choses…

"J'ai à peine aperçu l'instrument nouveau que je dis mon désir d'abandonner pour lui le violon ; mes parents s'y refusent, prétextant ma santé, inquiets qu'ils étaient de mon apparence chétive. Je feins de me résigner, mais dès lors, je guette chacune de leurs sorties, et, aussitôt la porte de la rue fermée sur eux, je m'empare de la basse et, dans ma chambre verrouillée, j'étudie avec acharnement" (Jacques Offenbach)

Et comment la malice a-t-elle été découverte ? Par une soirée musicale organisée dans une taverne de la ville et où, dans une situation rappelant Monsieur Choufleuri , le violoncelliste étant indisposé, l'orchestre ne peut exécuter son numéro… Jacob se propose alors pour le remplacer.

•  Mais, Jacob, lui dit son père, tu ne sais pas jouer de cet instrument !

•  C'est que, en fait, Papa… je… j'ai…

•  Tu as ?

•  J'ai appris tout seul, Papa…

Et tout le monde de s'extasier face au jeu passionné du jeune Offenbach. Le père, qui allait punir, pardonne. Jacob va même prendre des leçons de violoncelle, à Cologne d'abord, chez un certain Alexander, musicien renommé, qui ne consent à donner ses leçons que lorsque le paiement est sur la table, contraignant ainsi la famille Offenbach à faire quelques sacrifices pour leur fils.

Celui-ci, cependant, continue de montrer une grande facilité pour la Musique et le violoncelle, en témoignent son opus1 publié alors Divertissement sur des Airs Suisses pour violoncelle et les concerts qu'il donne dans sa ville natale. D'ailleurs, Isaac n'hésite pas, à l'image d'un certain Leopold M. (dont nous tairons le nom pour ne pas entacher sa célébrité), à prétendre que Jacob est né non pas en 1819 mais en 1821 (erreur qu'Offenbach entretiendra lui-même encore en 1860 dans un article autobiographique qui lui a été demandé, peut-être inconsciemment d'ailleurs).

Force est de le constater : Jacob ne peut continuer à prendre des leçons ici : c'est à Paris, au Conservatoire qu'il faut l'emmener. Et c'est ainsi qu'en 1833, Isaac, Jacob et Julius prennent la route de la ville lumière.

Sur place, ils se rendent au Conservatoire où ils se heurtent à une porte close : les étrangers ne sont pas admis ici, affirme avec un accent italianisant le directeur de l'établissement, le grand compositeur Luigi Cherubini. Isaac se précipite dans la brèche ouverte : comment un établissement où les étrangers n'ont pas droit de cité peut-il être administré par un étranger ? On accepte alors d'écouter le petit Jacob jouer de son instrument et, bien vite, on fait exception à la dure règle. Les deux frères étudieront au Conservatoire de Paris.

Et cela durera un temps, car Jacob, qui se fait désormais appeler Jacques, va rapidement s'ennuyer dans les classes. Il lui faut du mouvement, et sa tête déborde de mélodies fortement inspirées de sa Cologne et de son carnaval. Il va quitter les classes du Conservatoire après 2 années pour entrer comme violoncelliste dans l'orchestre de l'Opéra-Comique.

C'est ici qu'il va développer son amour pour le Théâtre et voir défiler sous ses yeux les piliers du répertoire : La Juive , Les Diamants de la Couronne , Jean de Paris , La Dame Blanche … Adam, Herold, Auber, Halévy, Meyerbeer…

Offenbach va alors y aller très fort : lors d'une répétition de L'Eclair , il demandera à Halévy l'autorisation d'étudier sa partition. Cette relation vase révéler utile à Jacques car le compositeur acceptera de lui donner des leçons de composition.

L'Opéra-Comique sera de courte durée pour lui cependant. Son esprit facétieux lui a soufflé l'idée, ainsi qu'à son ami Seligmann lui aussi violoncelliste dans l'orchestre, d'un petit jeu ô combien risqué : ils joueront chaque note alternativement l'un l'autre ! Ce qui relève d'un exercice de virtuosité va valoir aux deux petits diables une pluie d'amendes diverses retenues sur leur salaire et rendre plus difficile des fins de mois qui le sont déjà beaucoup.

Jacques va donc composer des romances, des valses et polkas pour les concerts de Jullien au Jardin d'Hiver, ainsi que des pièces pour violoncelle. De cette époque datent une foule de romances comme Jalousie ! ou Si j'étais petit oiseau accompagnée pour la seconde aux piano et violoncelle. Il va même créer un petit scandale autours de sa valse Rébecca construite à partir de thèmes religieux juifs (car n'oublions pas que le petit Jacob est né juif).

Nous sommes en 1839 et la renommée du jeune compositeur est telle qu'on lui commande de la musique nouvelle pour le vaudeville Pascal et Chambord au Palais-Royal. Mais la pièce est un échec. Offenbach décide alors d'entreprendre une carrière de virtuose du violoncelle dans les salons.

Nous sommes en 1839 et la renommée du jeune compositeur est telle qu'on lui commande de la musique nouvelle pour le vaudeville Pascal et Chambord au Palais-Royal. Mais la pièce est un échec. Offenbach décide alors d'entreprendre une carrière de virtuose du violoncelle dans les salons qui débutera en 1841.

A cette période, Jacques verra sa vie changer sur bien des aspects : musicalement, il rencontrera de nombreux confrères qui l'aideront. Flotow, le compositeur de Martha , avec qui il composera les Chants du Crépuscule et les Chants du Soir , deux recueil de pièces pour piano et violoncelle dont l'écoute ne permet jamais de savoir lequel des deux a composé la partie de piano ou de violoncelle. Pour la petite anecdote, la Ballade du Pâtre des Chants du Soir contient la mélodie qui servira de bourrée dans le finale du 2 e acte du Château à Toto de 1868.

Il rencontrera Lizst, jouera en duo avec Anton Rubinstein, écrira des fantaisies pour violoncelle sur des opéras de Rossini, Bellini, Donizetti etc etc, mettra en musique 6 Fables de La Fontaine (1842 – en réalité, il n'y en a que 5, la 6 e – La Cigale et la Fourmis – ne viendra compléter le recueil qu'en 1861), donnera des concerts, et en 1847, il fera représenter L'Alcôve , un charmant petit opéra-comique en 1 acte.

Bref, en musique, il est un jeune homme « comblé ». Mais soyons réaliste : il n'y a pas de quoi faire le bonheur d'une vie entière. Grâce à ces soirées de salon, il va rencontrer Herminie d'Alcain, qui deviendra sa femme en 1843 après que notre Jacques se soit converti au catholicisme. En 1845, le jeune couple accueillait Berthe, sa première fille… Ce qui devient nouvelle source d'inspiration pour notre compositeur qui aime beaucoup écrire pour sa famille. Ainsi naîtront sa valse Berthe ou encore Les Larmes de Jacqueline pour violoncelle et piano (Jacqueline étant une autre fille d'Offenbach).

Ainsi, pouvons-nous dire que Jacques est comblé en 1847 après le succès de L'Alcôve  ? Non ! Contrairement à toute attente, il lui manque quelque chose. Le théâtre l'appelle et le fascine, le petit opéra-comique n'était qu'un second pas, après Pascal et Chambord … Il veut intégrer l'Opéra-Comique, non plus comme violoncelliste, mais comme compositeur. Cependant, Perrin, le directeur de la salle Favart à cette époque, s'obstine à faire attendre Offenbach dans l'anti-chambre. C'est l'époque où on joue Le Cheval de Bronze d'Auber et L'Etoile du Nord de Meyerbeer sur des livrets de Scribe, un des piliers du théâtre parisien.

1848 est une grande année : Adolphe Adam ouvre le Théâtre-Lyrique et accepte d'y créer une partition de Jacques. Ce sera La Duchesse d'Albe . Malheureusement, si 1848 est une grande année pour Offenbach, elle l'est aussi pour les français et plus particulièrement pour les Républicains car c'est ici qu'éclate la Révolution de Juillet qui verra la 2 e République.

« La révolution de 1848 fit fermer le théâtre et je partis pour l'Allemagne où je restai un an » (Jacques Offenbach)

Il effectuera une tournée en Angleterre où il sera remarqué et triomphant en jouant sa Musette, air de ballet pour violoncelle… A son retour à Paris, le Théâtre-Lyrique n'existe plus et l'Opéra-Comique reste sourd à ses coups de marteau de porte. Par ailleurs, c'est la fermeture du Théâtre-Lyrique qui ruinera Adam et le laissera quasiment sans le sou jusqu ‘à la fin de sa vie en 1856.

Voilà notre Offenbach reparti dans les salons avec son violoncelle et ses romances sous le bras. En 1850, Arsène Houssaye est nommé directeur de la Comédie-Française et lui propose de prendre la direction musicale du Théâtre. Il commence par se mettre à dos les sociétaires en demandant qu'on agrandisse la fosse d'orchestre. Ensuite, il compose de la musique nouvelle pour les pièces du répertoire ainsi que pour les créations. C'est ainsi que de 1850 à 1855 il va égrener durant les entractes et les alexandrins raciniens ou moliéresques ses mélodies pleines de grâce. On peut en avoir une idée en écoutant sa valse pour piano Les Contes de la Reine de Navarre qui est dérivée de sa musique de scène pour la pièce du même nom. C'est aussi, dit-on, durant un entracte qu'il va aussi s'attirer les auspices du Prince Jérôme à qui un entracte avait beaucoup plu.

Néanmoins, Offenbach sait qu'il ne percera pas dans ce théâtre. Il y développe des relations. En 1853, lors de son (dernier) concert salle Hertz, outre des pièces de violoncelle, va être donné Le Trésor à Mathurin , opéra-comique en 1 acte sur un livret de Léon Battu, opéra qui deviendra plus tard Le Mariage aux Lanternes . Même si Perrin, encore et toujours directeur à l'Opéra-Comique, est présent pour constater le succès de l'œuvre, ce n'est pas de lui que viendra la première commande lyrique d'Offenbach. C'est du théâtre des Variétés, un nom qu'on verra plus tard devenir synonyme de succès pour le compositeur. La pièce s'appellera Pépito , 3 personnages et sera créé avec un succès plus que certain.

Ce succès décide Offenbach : puisque les théâtres ne demandent pas facilement sa musique, puisque «  l'opéra comique n'est plus à l'Opéra-Comique  » (Offenbach), il créera son propre théâtre. Il s'assure les bonnes grâces des pensionnaires féminines de la Comédie Française (qu'on sait suffisamment proches des gens influents) en composant un recueil de 10 danses nommé Le Décaméron Dramatique et où chaque morceau porte le nom d'une actrice et est précédé d'un quatrain d'un auteur connu à son propos. La première danse porte le nom ô combien évocateur de Rachel

En 1855, Jacques rend son bâton de chef d'orchestre à la Comédie-Française pour prendre celui de la direction du Théâtre des Bouffes-Parisiens, alors situé sur les Champs-Elysées dans ce que beaucoup de biographes décrivent comme une baraque de planches.