Hommage à Mario Lanza

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Il n'est pas aisé de résumer la carrière, si courte fut-elle, d'un artiste de légende de la dimension de Mario Lanza dont on célèbre en 2009 le cinquantième anniversaire de la disparition.

Ténor américain d'origine italienne, Mario Lanza est né le 31 janvier 1921 dans le quartier italien de Little Italy, dans le sud de Philadelphie. Sa jeunesse fut bercée par les grandes voix de son temps, et plus particulièrement par celle de Caruso, son idole, à qui il sera constamment comparé jusqu'à sa mort prématurée, survenue à Rome le 7 octobre 1959, à l'âge de 38 ans.

Doté «  d'une voix   de celles que l'on n'entend qu'une fois par siècle  », selon le Maestro Serge Koussevitzky qui le découvrit à l'âge de 19 ans, et qualifié en 1949 par Arturo Toscanini de «  Plus grande voix du 20 ème siècle  », Mario Lanza eut un fabuleux et tragique destin.

Destiné à chanter l'opéra sur les plus grandes scènes lyriques, il allait devenir célèbre dans le monde entier, par le cinéma qui lui donnera la gloire internationale, et les disques, qu'il vendra par millions.

Protégé de Serge Koussevitzky qui l'appellera « son diamant brut », le jeune Mario Lanza est invité par le Maître à étudier le chant à Tanglewood, haut lieu de la musique aux Etats-Unis, où il chantera en août 1941 lors du festival d'été. Confié pour sa formation aux mains expertes des maestros Leonard Bernstein et Luka Foss, Mario Lanza chantera le rôle de Fenton dans Les Joyeuses Commères de Windsor d'Otto Nicolaï, et celui de Rodolfo dans l'acte III de La Bohème de Puccini. Le maestro Boris Goldovsky qui conduisait l'orchestre lors de ces deux représentations déclarera : «  La voix qui sortait de cette gorge était éblouissante, inoubliable... Elle semblait provenir d'un autre monde !  » Noel Strauss, critique musical, écrira dans le New York Times : «  La révélation de la saison fut sans conteste le jeune et talentueux Mario Lanza (21 ans). Peu de ténors sont capables de rivaliser avec lui en termes de beauté de voix et de puissance. Il pourrait déjà intégrer sans difficultés le Metropolitan Opera  » Mais l'Amérique est en guerre contre le Japon, Lanza est incorporé dans l'Armée de l'Air. Il sera affecté au Théâtre aux Armées et chantera pour les soldats américains dans les spectacles « On The Beam » et « Winged Victory ». Il sera surnommé « Le Caruso de l'US Air Force ».

Démobilisé en 1945, Mario Lanza épousera Betty Hicks, la sśur de son copain de régiment, qui lui donnera quatre enfants et qui mourra cinq mois après lui à l'âge de 36 ans.

Il prendra des cours de chant à New York avec Enrico Rosati, qui fut entre autres le professeur de Giacomo Lauri-Volpi et de Beniamino Gigli. Lors de la première audition de Lanza, Rosati déclarera, le souffle coupé : «  Vous recherchez un professeur de chant, mais vous avez déjà eu le meilleur de tous… Dieu ! ». Plus tard il dira : « Mario Lanza avait la plus belle voix qu'il ne m'ait jamais été donné d'entendre !  » Engagé par les Concerts Columbia , Mario Lanza triomphera dans plus de 250 concerts aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, dont 86 avec le Bel Canto Trio (où il aura pour partenaires George London, baryton-basse et Frances Yeend, soprano, qui feront tous deux de grandes carrières à l'opéra). Le lendemain de son concert à Ottawa, le critique du Ottawa Journal écrit : «  Mario Lanza est un jeune ténor que l'on peut qualifier de sensationnel. Sa voix est beauté et puissance, son italien est parfait et ses intonations excellentes.  »

Il fut le premier ténor à donner des concerts géants comme au Grant Park de Chicago, où il attirera, sur son seul nom, 55 000 spectateurs la première soirée et 76 000 le lendemain. Claudia Cassidy du Chicago Sunday Tribune écrira : «  Mario Lanza est la plus sensationnelle découverte de l'année. Il chante pour l'incontestable raison qu'il est né pour chanter. Il a une voix de ténor naturelle splendide qu'il utilise par instinct. Tout ce qui émane de sa voix et de sa personnalité est impossible à apprendre. Il sait de façon innée accentuer une ligne mélodique pour l'enrichir et faire tressaillir le public. Il sait pourquoi l'opéra est un drame musical. Sa voix nécessite de travailler un peu le legato de son ardente coloration, mais elle est déjà extraordinaire. Quand il attaque Celeste Aïda, l'intensité dramatique est présente telle que l'a écrite Verdi, avec un pianissimo qui enfle crescendo. Son interprétation est magnifique et la foule l'acclame, tandis que visiblement satisfait, mais sans plus, il s'essuie les sourcils  ». Il chantera trois fois à l'invitation du Président des Etats-Unis, Harry S. Truman, devant ses invités de marque. Lors du concert du 27 Août 1947 au Hollywood Ball de Los Angeles l'orchestre est placé sous la direction du maestro Eugene Ormandy. L e public est fasciné et stupéfait. Le Los Angeles Times :  «  La voix de Mario Lanza est chaude, ronde, typiquement italienne, elle caresse chaque phrase musicale avec douceur, elle fait respirer l'auditeur avec lui  ». Le Los Angeles Daily News : «  Mario Lanza a électrisé l'auditoire qui l'a longuement acclamé, il a une voix splendide qu'il utilise avec intelligence et un art consommé. Déjà correctement développée, elle apparait comme une voix exceptionnelle  ».

Le Hollywood Citizen News : « En réponse à la prière d'un amateur d'opéra et aux rêves de n'importe quel impresario, Lanza nous a donné une magnifique démonstration de chant dans le plus parfait style italien, avec une voix qui électrise, une voix resplendissante et chaude, à travers l'étendue de son vaste registre. Ce garçon de 26 ans chante avec une aisance déconcertante. Sa voix a été parfaitement travaillée et il lui a donné lui-même son spectaculaire éclat.  » A l'issue de ce concert qui changea le cours de sa carrière, Mario Lanza sera engagé pratiquement sur le champ par Louis B. Mayer, le tout puissant patron de la Metro-Goldwyn-Mayer, grand amateur d'opéra, qui lui proposera, ébloui, les yeux remplis de larmes par l'émotion ressentie, un contrat en or.

Avant la mise en chantier de son premier film, That Midnight Kiss , il chantera les 8 et 10 avril 1948 « Madame Butterfly » à l'opéra de la Nouvelle Orléans sous la direction de Walter Herbert. Ces représentations seront saluées par deux standing ovations, et les critiques enthousiastes loueront, comme pour ses concerts «  une voix splendide, riche, resplendissante... qu'il utilise avec intelligence et qui donne de l'émotion  ». Avec Mario Lanza, Hollywood découvre une étoile de première grandeur. Pour la première fois dans l'histoire du 7 ème Art, un ténor d'opéra va devenir une des têtes d'affiches les plus payées et les plus convoitées du monde du cinéma. Dès son premier film le succès est immédiat. Avec sa voix au timbre incomparable et son immense présence à l'écran, l'impact sur le public est sidérant.

Les films, les concerts et les enregistrements pour RCA Victor, avec qui il est sous contrat exclusif, vont s'enchainer dans un tourbillon et devenir le centre de sa vie professionnelle. En cinq ans, il gagnera plus de 5 millions de dollars (environ 75 millions de dollars actuels). Des cachets et royalties considérables que seules les industries du cinéma et du disque peuvent offrir à un artiste d'exception et qui sont sans commune mesure avec ce qu'il aurait pu gagner en chantant au Met ou à La Scala. Selon Rudolf Bing, directeur général du Met de 1950 à 1972, et auteur de « 5000 Nuits à l'Opéra », les cachets des plus grandes stars du Met ne dépassaient pas 1000 dollars par représentation. Ses disques se vendront par millions. RCA Victor qui avait signé avec un quasi inconnu en 1945, voit ses ventes de disques pulvérisées. Mario Lanza vend plus de disques que tous autres, y compris Frank Sinatra. Des chansons seront composées spécialement pour lui, qui feront le tour du monde, comme: Be My Love, Because You're Mine, The Loveliest Night Of The Year … Mario Lanza transforme en or tout ce qu'il touche. Il remportera en cinq ans, 11 disques d'or et de nombreux trophées. Après That Midnight Kiss (1949) , il tournera The Toast at New Orleans (1950), The Great Caruso (1951) et Because You're Mine (1952). Simultanément il donnera de très nombreux concerts à guichets fermés dans d'immenses salles à travers les Etats-Unis, le Canada et Honolulu. Son accompagnateur, Constantine Callinicos, dira : «  Partout où nous passions, ce n'était qu'ovations, ovations et encore ovations !  ». En juin 1951, il créera sa propre émission hebdomadaire de radio qui sera diffusée jusqu'en septembre 1952 dans tout le pays, The Mario Lanza Show , sponsorisée par Coca-Cola. Au cours de ces 69 émissions, enregistrées en public, il chantera quelque 245 arias et chansons. A la suite d'un profond désaccord avec le metteur en scène de son cinquième film The Student Prince , Mario Lanza refusera de retourner aux studios et il sera suspendu par la MGM, dont Louis B. Mayer, son protecteur, avait été écarté, et il sera remplacé par l'acteur Edmond Purdom qui chantera en play-back avec la voix de Lanza, celui-ci ayant préalablement enregistré « magnifiquement» les chansons du film.

Deux artistes de premier-plan, Clark Gable (The King) et Judy Garland , feront eux-aussi, peu de temps avant Lanza, les frais de la politique des nouveaux dirigeants de la MGM qui considèrent que les stars, si grandes soient-elles, n'ont plus leur mot à dire et qu'elles doivent se plier aux exigences des studios. En 1956, il tournera Sérénade pour Warner Bros. Ce sera son dernier film aux Etats-Unis qu'il quittera en 1957 pour l'Italie où il tournera deux films à Cinecittá : The Seven Hills of Rome (1957) et For the first Time (1958). Il enregistrera dans le studio « Angelica » du Vatican, une soixantaine de chansons qui donneront naissance à de magnifiques albums : Younger Than Springtime, Lanza On Broadway , Christmas Carols , Mario Lanza sings Caruso Favorites , The Vagabond King , Mario at his best

En 1957 et 1958, il donnera une série de concerts en Europe : Angleterre, Ecosse, Pays de Galles, Belgique, France, Pays-Bas, Allemagne.

Le 18 novembre 1957, il chantera au Palladium de Londres en présence de la Reine Elisabeth d'Angleterre, de la famille royale et de 2 300 spectateurs, pour le Gala de charité du Variety Club où il est « la » star devant deux autres célébrités, Judy Garland et Count Basie. Son agent Leslie Grade dira : « Les stars de cinéma qui chantent dans des films sont généralement très décevantes lorsqu'elles chantent hors de l'écran, mais pas Mario Lanza. Ce soir là, il fut sensationnel. »Le public fut stupéfait par la puissance et la qualité de la voix. La Reine Elisabeth lui dira qu'il est merveilleux et le Prince Phillip et la Reine Mère le complimenteront eux aussi. Les journalistes furent unanimes pour louer sa voix magnifique et sa puissance. The News Chronicle : «  La voix de Mario Lanza en concert n'est rien de moins que splendide.  » The Sporting and Show Business Review  : «  Ses aigus solides et puissants ont transpercé le toit du Palladium. On peut se demander si le Palladium a jamais entendu un ténor avec un tel souffle. Mario Lanza a montré qu'il pouvait chanter avec puissance et sans l'aide d'un micro.  » Pour le concert du 16 janvier 1958 au Royal Albert Hall de Londres, on vendit même des billets pour des places sur la scène. Mario Lanza chanta sans micro devant 8000 personnes entassées dans cette caverne immense à l'acoustique danger euse où la voix peut se perdre et devenir inaudible, comme cela arriva à Dietrich Fischer-Dieskau. Ce concert, le seul enregistré, fut un triomphe : l'homme Lanza s'y révélait, en parlant avec intelligence, gentillesse et espièglerie, créant un lien évident et émouvant avec le public. ( Mario Lanza Live from London ) Le ténor Nicolaï Gedda, présent dans la salle, déclarera: «  C'est la plus grande voix que j'aie jamais entendue !  » Richard Bonynge, directeur de l'opéra de Londres, et son épouse, la soprano Joan Sutherland, qui assistaient à ce concert, déclareront : «  Nous savions que dans les films la voix est amplifiée, mais nous ne nous attendions pas à entendre une voix d'une pareille dimension ni d'une telle musicalité. Nul doute que Mario Lanza aurait pu faire une carrière fantastique à l'Opéra  ».

Le programme, on ne peut plus éclectique de cette série de concerts, aurait pu effrayer le plus aguerri des concertistes, Mario Lanza avait en effet choisi d'interpréter des airs d'opéras italiens (Cilèa, Puccini,Verdi), des Arie Antiche des 16 ème et 17 ème siècle, (Monteverdi, Scarlatti, Stradella), des mélodies populaires italiennes de Nutile et Tosti, des airs d'opérettes de Sigmund Romberg et des chansons américaines de Herbert, Giannini, Young, Brodzky… C'est au cours de cette tournée de concerts que la santé du ténor va se dégrader progressivement même si les spectateurs ne s'en rendirent pas compte car «  sa voix était plus belle, plus sombre et plus riche que jamais  », comme le dira Callinicos, son accompagnateur, qui ajoutera : «  Elle me donnait le frisson !  » Lors du Gala au Palladium, qui a été filmé, on peut le voir se balancer d'une jambe sur l'autre en raison de la douleur lancinante due à une phlébite qui sera à l'origine de sa mort prématurée.

Hospitalisé pendant une semaine pour des examens médicaux à la clinique Valle Giulia de Rome, Mario Lanza mourra subitement d'un arrêt cardiaque au moment où il s'apprêtait à quitter la clinique le 7 octobre 1959. Une infirmière le découvrira inanimé, il était assis sur un fauteuil à côté de son lit avec sur ses genoux un disque qu'il venait de dédicacer. Les médecins tentèrent en vain de le ranimer.

La veille de sa mort, il avait chanté pour le Personnel et les malades, Come Prima et E lucevan le stelle

Des obsèques grandioses, quasiment nationales, auront lieu à Rome le 12 octobre 1959 (les plus grandes obsèques depuis la mort du Pape Pie XII, l'année précédente), suivies d'une nouvelle cérémonie le 16 octobre à Philadelphie, sa ville natale, où sa dépouille sera exposée, avant son enterrement le 20 octobre à Hollywood. Le musicologue Matthew Boyden, auteur de nombreux ouvrages sur l'opéra écrira en 2001 : « La mort de Mario Lanza fut une tragédie pour le monde de l'opéra, même si celui-ci n'en a toujours pas pris conscience  ». Le Grand Caruso et Sérénade, films très riches en séquences d'opéra et dans lesquels il aura pour partenaires les plus grandes stars du Metropolitan Opera, seront les plus emblématiques pour les amateurs d'art lyrique.

Avec Le Grand Caruso, Mario Lanza a apporté aux masses populaires le prestige et le romantisme de l'opéra. De très nombreux chanteurs, à commencer par les « Trois Ténors », Pavarotti, Domingo et Carreras, déclareront avoir eu leur vocation inspirée par Mario Lanza. Tous admireront ses interprétations passionnées, son emprise sur l'auditoire, la beauté de son timbre, ses aigus aisés et ses médiums sombres et cuivrés, sa diction parfaite et surtout l'extraordinaire émotion dégagée par sa voix unique. «  La voix de Mario Lanza avait un immense impact dramatique. Elle est pour moi la référence absolue  », dira Plácido Domingo. Parmi l'actuelle génération de chanteurs admirateurs de Lanzaon peut citer : Richard Leech, Richard Margison, Jerry Hadley, décédé récemment, Vincenzo La Scola, Joseph Calleja pour les plus jeunes, sans parler des lauréats du Concours international de chant Mario Lanza  : Juan Diego Flores, Joyce di Donato…, qui se tient tous les ans à Philadelphie, sous l'égide de la Mario Lanza Foundation and Institute , le premier week-end de Novembre.

Deux grands « anciens » et non des moindres, Renata Tebaldi et Jussi Bjoerling, déclarèrent ne pas pouvoir écouter la voix de Lanza, que Tito Schipa qualifiait de «  don du ciel  », sans avoir les larmes aux yeux. Robert Merrill, Richard Tucker furent de ses amis, de même qu'Ezio Pinza et Giovanni Martinelli, malgré la différence d'âge pour ces deux derniers, et Schipa l'adjurait de ménager cette voix, « don du ciel ». Carlo Bergonzi demeure l'un de ses plus fervents admirateurs et défenseurs. Il déclarera posséder plus de cent photos de Mario Lanza et s'insurgera avec véhémence contre les critiques malveillantes qui tendent à insinuer que parce qu'il chantait au cinéma, Mario Lanza n'était pas capable de chanter sur scène un opéra en entier. «  C'est faux et il est temps que ce mensonge cesse !  » déclarera-t-il lors d'une interview à Eddy Lovaglio, biographe italienne.

On observe d'ailleurs qu'il a donné près de trois cents concerts, et on sait que le concert demande plus à l'interprète, qui n'a aucun répit, qu'un opéra. De très nombreux et grands ténors, Schipa, John Mc Cormack, Bjoerling, Tauber, Lauri-Volpi, Tagliavini, Del Monaco, Gigli, … ont chanté dans des films, y compris Pavarotti, mais aucun n'a eu le succès de Mario Lanza et leurs films sont restés confidentiels, quand ils ne furent pas déprogrammés, comme Yes Giorgio, avec Pavarotti. La réalité, comme l'écrirait Herbert Breslin, ancien agent de ce dernier, c'est que n'était pas Lanza qui voulait et qu'à la voix s'ajoûtait , de la part du cinéma, l'exigence de personnalités charismatiques et cinégéniques et de cette lumière vitale qui fait que certains sont des stars et qu'on ne voit qu'eux à l'écran. Le fils cadet de Caruso, Enrico Caruso Junior, très conscient de l'hommage exceptionnel que Mario Lanza avait rendu à son père avec Le Grand Caruso , écrira dans sa biographie («  Enrico Caruso, My Father and My Family  », Amadeus Press, Oregon, 1999) :

«  C'est Mario Lanza qui a fait le succès du film. Avant Mario Lanza et après Mario Lanza, aucun ténor n'aurait pu incarner avec un tel talent vocal et une telle justesse de jeu, la vie de mon père. Mario Lanza est né en même temps qu'une douzaine de très grands ténors. Sa voix naturelle innée est parfaitement placée, avec un timbre splendide, un infaillible instinct musical manifestement absent chez la majorité des autres grands ténors. Sa diction parfaite n'était égalée que par Giuseppe Di Stefano. Sa façon de se donner entièrement dans son chant, son phrasé toujours juste et somptueux, des qualités avec lesquelles peu de chanteurs sont nés et que d'autres n'atteindront jamais. Nous ne devons pas oublier aussi que Mario Lanza excelle dans le double registre de la musique classique et de la musique populaire, un résultat bien au dessus du talent exceptionnel de mon père. Mario Lanza est mon ami ». Quant à Licia Albanese, la grande soprano italienne du Met, qui eut pour partenaires les plus grands, Gigli, Di Stefano, Jobin, Warren… et qui chanta sous la baguette de Toscanini, elle donna la réplique à Mario Lanza dans le duo du mouchoir d'Otello (un « must », voir le CD Mario Lanza, Arias and Duets , RCA Victor - Sony BMG). Elle fut émerveillée par la puissance de sa voix et la force de son interprétation. Elle disait, parlant de Lanza : « que sa voix avait la puissance de Caruso et la douceur de Gigli ». Elle déclara : « My heart broke when he died » (Mon cśur se brisa quand il mourut).

Autres admiratrices, Eleanor Steber, Anna Moffo, Maria Callas, qui regretta dans une interview en Italie de n'avoir pas eu l'occasion de chanter avec la plus belle voix qu'elle eût jamais entendue. La puissance vocale de Lanza était stupéfiante et saturait les micros. Pour les enregistrements du Grand Caruso , il dut s'éloigner du micro, à la surprise de ses partenaires, gloires du Met, (Giuseppe Valdengo, Nicola Moscona, Lucine Amara, Blanche Thebom, Jarmila Novotna…). A l'issue de cet enregistrement (le quintet de Lucia de Lamermoor), Nicola Moscona, sauta de l'estrade, agrippa par les épaules le père de Lanza qui assistait à l'enregistrement, et lui déclara : «  Votre fils est le plus grand ténor avec lequel j'aie jamais chanté !  »

Sur ce chapitre, Frances Yeend, sa partenaire à l'époque du Bel Canto Trio se rappelait qu'à chaque concert, lorsque Lanza chantait en solo, elle restait avec George London sur les bords de la scène pour l'écouter, tellement sa voix était magnifique : « Ses aigus étaient si percutants et puissants que nous levions la tête pour voir si un spot n'allait pas se décrocher et nous tomber dessus… nous nous regardions et nous riions ! » En dix ans, de 1949 à 1959, Mario Lanza enregistra plus de 500 titres pour RCA Victor, dont 33 Red Seal Label (gravure de prestige de la marque RCA). Il faut évoquer ses extraordinaires interprétations des chansons italiennes : non seulement les standards planétaires (Ô Sole Mio, Santa Lucia, Torna Surriento, La Danza…), mais aussi et surtout les grandes et éternelles « mélodies sombres » napolitaines chantées avec un accent et une justesse qui stupéfiaient même les italiens : Santa Lucia Luntana , ‘ Na Sera ‘e Maggio , Dicitencello Vuie, Passione, La Mia Canzone, Vaghissima Sembianza, Senza Nisciumo, Ideale, Fenesta Che Lucive

Ces chansons, familières de Caruso, parlent de la vie, donc de la mort, de l'amour, de la solitude, du temps, en bref de la condition fragile de l'homme, qui faisait dire à Lanza, fils de l'Amérique, petit-fils de l'Italie et qui portait en lui la tragédie : «  La vita è breve, la morte vien  »

Lorsqu'il enregistra sur la scène de l'Opéra de Rome des arias pour son film For The First Time , il fit bondir d'enthousiasme et d'émotion les musiciens de l'Orchestre, qui avaient tout vu et tout entendu et qui nourrissaient quelques préventions à l'égard de la « star américaine de cinéma » encore jamais entendue par eux en spectacle vivant. On ne peut rendre justice au talent de Mario Lanza sans évoquer ses interprétations des airs de Francesco Paolo Tosti, mélodiste fin et délicat, et des poèmes magnifiques de Gabriele d'Annunzio, mis en musique par Tosti, et dont Lanza raffolait, montrant son éclectisme, son bon goût et son amour des « belles paroles » (« Je chante les mots et les paroles comme si c'était la dernière fois »), Et nul ne s'y trompe, ni Plácido Domingo qui reprend certains airs (« Ideale », en duo avec le violon d'Itzhak Perlman), ni Ben Heppner, qui consacre un très bel album intitulé « Ideale » aux mélodies de Tosti, ni Richard Leech, du Met, son magnifique album « From the Heart ». Ces grands artistes marchent fièrement dans les traces de Mario Lanza et ne s'en cachent pas : Domingo lui a consacré un DVD «  Mario Lanza, The American Caruso  », une préface à la biographie en anglais d'Armando Cesari «  Mario Lanza An American Tragedy  ». Leech, ne cesse de multiplier les hommages au Met de New York, tandis que Carreras lui a dédié de nombreux concerts au tour du monde. Il est président d'honneur de la British Mario Lanza Society .

On n'aura pas, non plus, rendu justice à Mario Lanza si l'on n'évoque pas ses interprétations des Arie antiche , chants et poêmes du 18 ème siècle (Stradella, Scarlatti etc...), celles des grands standards du jazz, des mélodies de Gershwin, de Lorenz et Hart, de Cahn et Van Heusen, de Brodszky, ses multiples Disques d'Or, (devant Frank Sinatra, ce qui n'était pas banal pour un chanteur lyrique, extraordinairement éclectique).

Enfin, Lanza interprétait les chants religieux d'une façon qui touchait même les agnostiques et imposait le respect par la seule force de sa sincérité : The Lord's Prayer ( qui n'est autre que le Notre Père) , You'll Never Walk Alone , I'll Walk With God , les Ave Maria de Schubert et de Gounod…, lui le jeune italo-américain du quartier de Little Italy, l'enfant de chśur de l'église italienne de Santa Maria Magdalena dei Pazzi, où à l'âge de 18 ans il fit tressaillir les paroissiens en chantant l'Ave Maria et où son corps fut exposé pour ses secondes funérailles (après celles de Rome et avant son enterrement à Hollywood) ; cette même église où sa mémoire est célébrée tous les ans depuis 1962, le dimanche matin du Concours International de Chant Mario Lanza .

Marcel AZENCOT et Alain FAUQUIER juillet 2009

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