ARENES DE NIMES

AMICA, poème dramatique en deux actes de Monsieur Paul BEREL, musique de Monsieur PIETRO MASCAGNI
VENUS ET ADONIS, légende lyrique en un acte et trois parties, poème de Monsieur Louis DE GRAMONT
Musique de Monsieur Xavier LEROUX

La ville de Nîmes est, entre toutes celles du Midi, une des plus intéressantes par ses monuments, par ses promenades, et par les hommes illustres qui y trouvèrent naissance. Le sentiment artistique y est des plus développés parmi sa population, et ses vieilles Arènes sont vénérées comme le plus glorieux dans ancêtres.

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Ce fut dans le colossal amphithéâtre d’Adrien qui se déroulèrent, le 13 août de l’an de grâce 1905, les premières de VENUS ET ADONIS de X. LEROUX, paroles de Louis DE GRAMONT et d’AMICA de Pierre MASCAGNI, livret de Paul BEREL.
             Je parlerai tout d’abord de VENUS ET ADONIS.Ce poème lyrique, tout fait de joie et de tristesse indicible, est une des plus gracieuses inventions de la mythologie et de la fiction antique. Les amours de VENUS et ADONIS furent dans l’antiquité l’objet d’un véritable culte qui était célébré à Athènes en grande pompe. Dans les Arènes de Nîmes, la musique si fine de Xavier LEROUX, interprétée, quant au chant, avec tant de talent et de brio par Madame HEGLON (VENUS) de l’Opéra et par Madame FOSSATI (ADONIS) de la Scala de Milan, s’est traduite parmi le public d’élite qui était assis sur les gradins du monument en une délicieuse sensation d’art. Madame HEGLON, rappelée plusieurs fois, était littéralement émue des chaleureuses ovations de ce public méridional. Elle a partagé son succès avec l’auteur, qui est, du reste, son mari. On connaît la légende de VENUS et ADONIS. ADONIS, blessé par un sanglier, vient expirer dans les bras de VENUS, sa divine amante. Douleur inexprimable de VENUS qui demande à JUPITER de changer ADONIS en roses écarlates. C’est sur ce thème que Xavier LEROUX a écrit sa savante musique. Pas une mesure de l’œuvre qui prête à la critique ; l’inspiration s’envole sereine d’une aile puissante et, depuis l’introduction jusqu’au finale, on sent la main du créateur, maître de son art, qui allie la mélodie puissante à la science musicale la plus impeccable. Le rôle de VENUS, écrit par la merveilleuse tragédienne lyrique qu’est Madame HEGLON, fait ressortir toutes les caractéristiques du talent de cette artiste, dans le cri de douleur qu’elle pousse sur la dépouille d’ADONIS, on sent le sanglot éternel des amantes inapaisées, au cœur meurtri, et tous les auditeurs souffrent de son angoisse. Elle atteint la plus haute intensité tragique. Plus effacé, trop effacé peut-être, le rôle d’ADONIS n’en demeure pas moins une belle fresque musicale.
AMICA a eu, près du gros public, déjà un peu italien du Midi de la France, demi-romain comme on dit à Nîmes, un succès beaucoup plus grand que la pièce précédente. A un moment donné, il a atteint même l’emballement pour MM. RENAUD, NUIBO e Madame Charlotte WYNS. AMICA est un drame lyrique en deux actes de Pietro MASCAGNI, le chef de la jeune école italienne qui a été écrit sur un émouvant livret de Paul BEREL.

L’action se déroule dans les montagnes du Piémont, que le peintre décorateur CHAMBON, du Grand Théâtre de Nîmes, a admirablement représentés en un magistral décor. RINALDO et GIORGIO, les deux frères, ont été, tout enfants, ramassés sur la route par le fermier CAMOINE. Il s’aiment d’une affection que le malheur commun a rendue indissoluble ; mais RINALDO, solide gaillard aux mœurs indépendantes, a été chassé de la ferme par CAMOINE, qui a gardé auprès de lui GIORGIO, malingre et souffreteux. Celui-ci, quoique disgracié de la nature, a osé lever les yeux vers la belle AMICA, la nièce de CAMIONE, qui lui donne en mariage pour s’en débarrasser et vivre tranquille avec sa servante MADGELONE.
Or, AMIDA aime RINALDO qui l’emmène dans la montagne pour l’empêcher d’être à celui à qui on veut la marier et dont il ignore le nom. Au moment où ils s’enfuient, MAGDELONE montre à GIORGIO les amants qui disparaissent au loin et l’abandonné se met à leur poursuite par des chemins de traverse.
Dans un site abrupt, au bord d’un torrent, GIORGIO a rejoint AMICA et RINALDO ; ce dernier va frapper un rival audacieux quand il reconnaît son frère. Il se souvient alors de la tâche protectrice qu’il a assumée et, voyant que la vie de GIORGIO tient à l’amour d’AMICA, il la lui donne et disparaît dans la montagne. Mais AMICA ne renonce pas si facilement à celui qu’elle aime. Laissant GIORGIO évanoui, elle tente de rejoindre RINALDO au-delà d’un torrent profond dont un tronc d’arbre branlant réunit les deux rives. Sous ses pas, l’arbre roule dans l’abîme et, malgré ses efforts pour se cramponner aux arbrisseaux et aux rochers, elle y tombe à son tour, aux yeux de RINALDO et de GIORGIO, impuissants à le secourir.
Alors devant ce torrent, symbole de passions qui les ont un moment désunis et que combla, pour ainsi dire, le corps d’AMIA, les deux frères se réconcilient et montent vers le sommet de la montagne, où brille l’arc-en-ciel, gage de la paix revenue en leur cœur.
Sur ce poème palpitant d’intérêt, MASCAGNI a écrit des pages d’une envolée superbe. La passion  y est dépeinte avec une vérité qui trouble et qui émeut. L’orchestre souligne le chant avec science et analyse les sentiments avec une recherche et une profondeur qui étonnent. Toutes les pages méritent d’être signalées, mais il convient de mettre à part l’intermezzo et surtout l’introduction et les chœurs d’entrée de l’ouvrage. Le musicien nous y fait assister au lever le jour, au réveil de la nature, et cette musique descriptive est d’un effet saisissant dans sa simplicité. RENAUD s’y est révélé grand tragédien. Son grand air : « Plus près du ciel que de la terre » a été applaudi à outrance.
A Nîmes, on gardera un impérissable souvenir de cette création.
Adolphe PIEYRE
Madame HEGLON