VOUS ETES ICI :LES DOSSIERS MALIBRAN | Monna Vanna Henry Fevrier
M. Henry FEVRIER nous a déjà montré, à l'Opéra-Comique, par le Roi aveugle, dont nous louïons naguère la poésie pittoresque et la belle tenue, qu'il est surtout séduit par les sujets de caractère, symboliques au besoin, et qui font penser. Le voici maintenant à l'Opéra, et s'attaquant à ce drame saisissant de passion et de rêve qu'est Monna Vanna. C'est une très noble entreprise que celle qu'il a poursuivie, pour ses débuts ou peu s'en faut, et qui, en somme, mérite toutes les sympathies. Il est trop naturel qu'il n'ait pas réussi à faire une grande œuvre dès ses premiers pas dans la carrière, et sous le poids d'un poème aussi psychologique, pour qu'on lui en tienne sérieusement rigueur ; et, dans cette poursuite enthousiaste d'un but élevé, nous devons retenir avant tout l'ardeur et la jeunesse de l'effort, que les directeurs de notre première scène ont parfaitement bien fait d'accueillir. Le drame de M. Maurice Maeterlinck était-il d'ailleurs de ceux, comme Pelléas et Mélisande, comme Ariane et Barbe-Bleue, qui pussent naturellement s'adapter à une transposition musicale ? M. Février l'a cru, car il s'en était profondément épris, quand il a obtenu du grand dramaturge belge, l'autorisation d'entreprendre cette adaptation ; et, qui plus est, ce dernier l'a cru aussi, puisqu'il a prêté lui-même son secours. La question ne semble toutefois pas tranchée, et la première preuve en est que les deux poèmes dramatiques que j'ai nommés tout à l'heure ont été revêtus de musique dans leur intégralité, sans perdre rien de leur pénétrante et prestigieuse poésie, au lieu que Monna Vanna, précisément parce que le drame était bien plus développé, conforme aux usages tragiques, théâtral enfin, et qu'il a fallu le réduire à l'obscurcir encore, voit incontestablement s'évanouir une partie de son éloquence beauté. Le théâtre musical exige des péripéties d'une clarté particulière et s'accommode mal des nuances de sentiment, surtout quand déjà il s'agit de tout un travail intérieur de l'âme, à peine souligné par les évènements. C'est en mai 1902, par les soins de l'œuvre, sous la direction de M. Lugné-Poe, et avec l'interprétation, pour le rôle principal, de Madame Georgette Leblanc, que le drame de M. Maeterlinck nous a été révélé. Il a laissé sous cette forme, des souvenirs inoubliables de simplicité grandiose et d'intense poésie. Nous sommes à la fin du XVe , en pleine Renaissance italienne. Pise, assiégée par les troupes florentines, est aux abois et meurt de faim. Vainement elle attendait des renforts, tout secours a été intercepté par le condottière Prinzivalle, que Florence a engagé pour commander l'armée. Pise vient d'envoyer en ambassade, auprès de ce guerrier que l'on dit redoutable, le vieux Marco Colonna, en doux rêveur, père de Guido, le chef de la ville, et ce dernier attend anxieusement son retour… . Le voici, la paix et la sérénité sur son beau visage d'aïeul. Comment a-t-il été reçu par ce soudard ? N'a-t-il pas été torturé ?… Aucunement ; Marco a trouvé Prinzivalle un lettré et un artiste, entouré de lettrés et d'artistes ; il a causé philosophie avec le célèbre Marsile Ficin, sous des ombrages poétiques ; il a même assisté à de précieuses fouilles dans les terrains fertiles en sculptures antiques… " Mais Pise meurt de faim ! interrompt Guido. - Précisément, reprend son père, Prinzivalle y a pensé ; un convoi de ravitaillement est tout prêt et partira ce soir même, à une seule condition…, difficile de dire : c'est que vienne à lui, seule, et noue sous son manteau, pour passer, dans sa tente, cette unique nuit… - Mais qui ?… qui donc ?… - Monna Vanna - Ma femme ?… . " En vain, Guido atterré, se débat, impuissant à comprendre la facilité avec laquelle son propre père a accueilli le principe de la chose, la gravité sereine avec laquelle Vanna, déjà, a accepté le sacrifice qui doit sauver Pise. Il la conjure, il l'insulte, il la repousse… Elle part, bénie par Marco et acclamée par le peuple.