Charles GOUNOD

Charles François Gounod est né le 17 juin 1818 à Paris, 11 place Saint André des Arts. Son père, François-Louis Gounod (1758-1823) était un peintre de talent, renommé pour ses dessins et ses gravures à l'eau forte. De santé délicate, sans ambition et plutôt négligent, il ne fit rien pour atteindre la célébrité et apporter quelque confort matériel à sa famille. Tout au contraire, sa mère, née Victoire Lemachois (1780-1858), fille d'un ancien avocat au parlement de Normandie « était douée d'une âme robuste, d'une haute raison et d'un courage à toute épreuve. » A la mort de son mari, elle se trouva sans ressource avec deux enfants, l'un, Louis Urbain de 16 ans (1807-1850), l'autre, le petit Charles de 5 ans. Excellente musicienne, ses leçons de piano devinrent le gagne pain de la famille. Elle avait une jolie voix. « Ma mère, qui avait été ma nourrice, m'avait certainement fait avaler autant de musique que de lait. Jamais elle ne m'allaitait sans chanter, et je peux dire que j'ai pris mes premières leçons sans m'en douter… Sans en avoir conscience, j'avais déjà la notion très claire et très précise des intonations et des intervalles qu'elles représentent… de la différence entre le mode majeur et le mode mineur… »(*). Et de fait, elle apprit à son enfant le langage musical avant que ce dernier n'apprenne à lire.
Après avoir fréquenté plusieurs institutions, il entre en 1829 au lycée Saint-Louis, il en sortira bachelier en 1835. Sa mère l'avait emmené deux fois au Théâtre Italien, pour voir en 1831 l'Otello de Rossini (avec La Malibran, Rubini, Lablache, Tamburini !!!) et en 1832, pour voir Don Giovanni. « La Malibran fut pour moi le chemin de Damas, Rossini le précurseur, Mozart, le Messie. »(*) La Symphonie Pastorale et la IX ème Symphonie entendues en concert spirituel complètent ces impressions et le jeune homme décide alors qu'il sera musicien. En 1836, il entre au Conservatoire de Paris où il est l'élève d'Halévy, de Lesueur et de Paër. Il se présente au concours de Rome. Ayant remporté le prix à sa troisième tentative en 1839, il part pour l'Italie où il séjournera deux ans. Avant de se rendre à Rome, il écrit sa première messe qui est donnée à Saint Eustache. A Rome, il étudie la musique religieuse particulièrement les œuvres de Palestrina. Il compose une Messe à trois voix qui est jouée à Saint Louis des Français. Il écrit de nombreuses mélodies qu'il interprète lui-même (Le vallon, Le soir,…). Les conférences du père Lacordaire, brillant prédicateur, l'impressionne profondément et conforte sa croyance en Dieu. Comme tout lauréat du prix de Rome, il doit séjourner dans de grandes villes musicales. A Vienne, il compose un Requiem qui, exécuté à l'église Saint-Charles, est loué par la critique pour son harmonie d'une hardiesse aussi surprenante qu'heureuse. A Leipzig, il rencontre Mendelssohn qui contribue à lui faire connaître et comprendre la musique allemande. De retour en France en 1843, Gounod est nommé maître de chapelle des Missions Etrangères. Il compose une Messe brève pour voix d'hommes, un chant du départ pour des missionnaires et quelques cantates. Les cinq années suivantes voient ses idées religieuses se développer. Pendant tout un hiver, sous l'habit ecclésiastique, il suit les cours de théologie du séminaire Saint Sulpice, signe son courrier « l'abbé Gounod ». Grâce à la lucidité de sa mère, il se rend compte qu'il n'a pas la vocation et démissionne des Missions Etrangères. De fait, il souffrait de rester obscur, le théâtre lui permettrait de se faire connaître du grand public. La chance voulut alors qu'il retrouve Pauline Viardot, la célèbre cantatrice, rencontrée à Rome. Elle le présente au directeur de l'Opéra et au librettiste Emile Augier. C'est ainsi que naquit Sapho, son premier opéra dont la première eut lieu le 16 avril 1851. Succès d'estime, mais déjà des pages d'une grande beauté telle « O, ma lyre immortelle ». Cette même année, il est nommé directeur de l'Orphéon de la Ville de Paris, mouvement choral des milieux populaires pour lequel il compose quantités d'ouvrages les plus variés. Le 20 avril 1852, il épouse Anna Zimmermann, fille d'un professeur au Conservatoire. De cette période date la Méditation sur le 1er prélude de Bach, qui deviendra par la suite le justement fameux Ave Maria.

« Mais qu'est devenue La Nonne sanglante ? » Ce pourrait être le titre d'une enquête à la Agatha Christie. De fait, ce deuxième opéra de Gounod a été créé à l'Opéra de Paris le 18 octobre 1854. On a dit et écrit que ce fut un échec : point du tout ! Cela avait plutôt bien commencé avec des recettes supérieures à celles des Huguenots et ce malgré un livret invraisemblable et sinistre que Scribe avait proposé en vain à plusieurs compositeurs. La critique fut favorable : Théophile Gautier affirmait par exemple « La partition est une des œuvres les plus belles, les plus grandes de ce temps-ci ». Alors ? La direction de l'Opéra venait de changer et le nouveau patron, un certain Crosnier, arrêta net les représentations – on en était à la onzième- disant que tant qu'il serait à la tête de l'Opéra « on ne jouerait pas pareille ordure ! ». Et personne ne réagit. Jamais éditée, la partition est tombée dans la trappe de l'oubli. Après avoir composé deux symphonies et la très belle Messe de Sainte Cécile, puis travaillé sur un Ivan le Terrible qu'il abandonne en cours de route, Gounod est atteint d'une grave dépression nerveuse. Si grave que d'aucuns le crurent perdu pour la musique. Il n'en fut rien grâce à Dieu et aux soins de ses proches. S'ouvrit alors la route qui devait le conduire au triomphe de son Faust.

Charles Gounod avait découvert le poème de Goethe à travers la traduction de Nerval et sa lecture était sa distraction favorite notamment lors de son séjour à la villa Médicis à Rome. Quelques années plus tard, une représentation de Faust et Marguerite, un drame fantastique de Michel Carré, et surtout l'audition de La Damnation de Faust sous la direction d'Hector Berlioz le confortent dans son souhait d'écrire un opéra ayant Faust pour héros. Avec le poète Jules Barbier il se met au travail pour l'Opéra de Paris mais le directeur trouve le sujet « peu propice à une mise en scène fastueuse ». La chance lui viendra avec la rencontre avec Léon Carvalho, qui vient de créer le Théâtre Lyrique et qui lui demande « Faites-moi un Faust. ». A quoi il répondra, les yeux brillant de joie : « Un Faust ? Mais je l'ai dans le ventre depuis des années ! ». Quelques incidents émaillent les répétitions, le remplacement du soprano choisi pour le rôle Marguerite, Mme Ugalde, par la femme du directeur, Mme Miolan-Carvalho, qui pressent le succès de l'ouvrage, l'enrouement du ténor auquel il faut trouver en hâte un substitut capable et disponible, l'interdit de la censure impériale levé au dernier moment par le nonce apostolique. Et puis il y eut mille et une causes de retard. D'un retard qui permet à Gounod de faire représenter le 15 janvier 1858 Le Médecin malgré lui sur le texte modifié de Molière. Un franc succès et le premier argent que lui rapporte son art. La première de Faust a enfin lieu le 19 mars 1859 avec les dialogues parlés, selon la tradition du Théâtre Lyrique. Accueil mitigé mais excellentes recettes. Gounod avait dans ses cartons les récitatifs chantés destinés à remplacer le parlé et Faust devient vite un « grand opéra ». Mais pour entrer au répertoire de l'Opéra, il faut un ballet : avec l'aide de Delibes Gounod compose « La nuit de Walpurgis ». Ainsi complété et traduit dans de multiples langues, le Faust de Gounod ne tardera pas à devenir l'un des opéras le plus souvent monté de par le monde. La Cavatine de Faust deviendra le cheval de bataille de tous les grands tenors francais.

Un an plus tard, le 18 février 1860, paraissait sur la scène du Théâtre Lyrique Philémon et Baucis, livret d'après Ovide. Jugée un peu longue avec un deuxième acte faible, l'œuvre ne connut un franc et long succès que ramenée à deux actes, lorsqu'elle fut reprise à l'Opéra-Comique en 1876, succès largement mérité d'une œuvre charmante. Mais, ce Philémon avait été commandé par le mécène artistique de Baden-Baden, ville d'eau très en vogue à l'époque, mais le Théâtre Lyrique au dernier moment avait fait main basse sur l'ouvrage. Pour tenir son engagement, Gounod composa en quelques semaines La Colombe sur un livret de Barbier et Carré tiré, comme Philémon, d'un conte de La Fontaine. Et les curistes internationaux lui firent un triomphe.

Il n'en fut pas de même pour La Reine de Saba qu'il avait travaillé avec beaucoup de soin pour être présenté à l'Opéra de Paris en présence de l'Empereur. En effet, la première, le 28 février 1862 fut un échec. Certes, l'ouvrage contient de fort belles pages, comme la cavatine de la reine Balkis « plus grand dans son obscurité », mais, décidément, l'opéra à la Meyerbeer ne convenait pas à Gounod.

Puis il eut à choisir entre deux sujets : Mignon et Mireille et opta pour le second. Il s'empressa de rejoindre le poète Mistral à Maillane puis de s'imprégner des traditions, des sites et des odeurs de la Provence. Cinq ans jour pour jour après Faust, le 19 mars 1864, Mireille paraissait sur la scène du Théâtre Lyrique. Accueil très mitigé de la presse et du public. Suivirent en France comme à l'étranger, toutes sortes d'altérations et de mutilations, jusqu'au jour ou par les soins de Reynaldo Hahn, Guy Ferrant et Henri Busser, l'Opéra-Comique en a rétabli le texte musical dans son intégrité originale le 6 juin 1939. Dès lors, Mireille retrouva la faveur du public. Au Mont-Dore, où il se soignait, Gounod avait emmené une tragédie de Schiller, La conjuration de Fiesque, qu'au fur et à mesure de sa lecture, il jugeait comme devant être, intrigue et personnages, un superbe sujet d'opéra. Aidé par son librettiste Barbier, Il se met au travail avec ardeur. Pourtant, de retour à Paris et sollicité par Carvalho, il abandonne Schiller et son Fiesque pour se mesurer avec Shakespeare à travers Roméo et Juliette. Edouard Lalo écrivit à la même époque un Fiesque qu'il présenta à un concours organisé en 1867 par le Théâtre Lyrique. L'ouvrage est refusé et oublié. Une résurrection en fut tentée récemment à Montpellier, mais sans succès.

Notons que le 12 mai 1866 Gounod est élu à l'Académie des Beaux-Arts et que le 13 août de la même année il est promu officier de la Légion d'honneur.

Les amants de Vérone n'avaient pas de secret pour Gounod. Le Roméo et Juliette de Berlioz avait enthousiasmé ses vingt ans. Le règlement du prix de Rome imposant aux pensionnaires de composer une œuvre lyrique sur des paroles italiennes, il écrivit en 1841 quelques scènes d'un Romeo e Giulietta sur un livret que Bellini avait déjà utilisé. Bien servi par un excellent livret de Barbier et Carré très directement inspiré du drame shakespearien, Gounod travaille vite et sans relâche. Il livre l'ouvrage à Carvalho fin août 1866, mais ce dernier, pour donner toutes ses chances à ce Roméo préfère attendre l'ouverture de l'exposition universelle de 1867. Bien leur en prit, au compositeur comme au directeur, car dès la première, le 27 avril, Roméo et Juliette connut un triomphe. Cet opéra ne contient pas moins de quatre admirables duos d'amour et si la haine entre les Capulet et les Montaigus n'apparaît dans que dans un tableau d'une vingtaine de minutes au troisième acte, du moins ce dernier se déroule-t-il dans un mouvement irrésistible –Gounod avait une vraie expérience de l'escrime- et se conclue-t-il par l'un de ces ensembles d'une souveraine beauté dont Gounod avait le secret.

En juillet 1870 Gounod achève un opéra, Polyeucte qui ne devait être représenté que plusieurs années plus tard. S'en suivirent les séjours à Londres de triste mémoire et la lamentable et scandaleuse histoire d'un grand homme, victime d'un couple de prédateurs -une pseudo chanteuse ambitieuse et intéressée et son mari très complaisant- qui se fait arnaquer, confisquer ses œuvres, dont Polyeucte, et traîner en justice. Ramené en France par sa famille et des amis, il retrouve le fidèle Carvalho qui lui commande un opéra d'urgence. Il met en musique un poème de Paul Poirson d'après le roman d'Alfred de Vigny, Cinq-Mars. Accueil sympathique et indulgent d'un ouvrage que Gounod eut tort d'écrire un peu vite (six mois) et qui ne connut pas de reprise.

Enfin, ce fut la création à l'Opéra Garnier de Polyeucte le 7 octobre 1878. L‘admirable Pauline de Gabrielle Krauss, ne sauva pas l'ouvrage d'un échec qui affecta profondément Gounod. Il avait voulu faire une fresque, mais pour certains on y trouvait trop de messes, pour d'autres ce n'était ni un oratorio ni un opéra…

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Enfin, trente ans après Sapho, la dernière œuvre théâtrale de Gounod, le Tribut de Zamora est un ultime échec lors de sa création à l'Opéra le 1er avril 1881. Après cette dernière déconvenue, Gounod abandonne le théâtre pour se consacrer tout entier à la musique religieuse, et ce seront ces chefs d'œuvre tels que Rédemption, Mors et Vita, La Messe à la mémoire de Jeanne d'Arc, … Le 17 octobre 1893, Charles Gounod meurt. Ses obsèques nationales eurent lieu en l'Eglise de la Madeleine avec Saint-Saëns au grand orgue et Fauré à la tête de la maîtrise.

Jean ZIEGLER