Reynaldo HAHN et la Mireille de Gounod

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LA VRAIE MIREILLE DE GOUNOD
Geori Boué, Reynaldo Hahn

Cinq ans, jour pour jour, après “ Faust ”, “ Mireille ” apparaissait sur la scène du Théâtre-Lyrique le 19 mars1864. Succès mitigé. Paradoxalement, ce sont les merveilleuses beautés à la Virgile ou à la Théocrite des deux premiers tableaux, qui forcèrent l’acclamation ; les parties plus théâtrales et vocales, qui suivent la chanson de Magali convainquirent moins efficacement. Pour complaire à la créatrice, Caroline Miolan-Carvalho, Gounod avait composé une valse-ariette (en sol), escaladante et scintillante, et saupoudré le rôle de judicieuses vocalises. Le personnage gagnait en légèreté, en brio, ce qu’il perdait en émotion dramatique. Nous passerons sur la première représentation et sur les diverses reprises à l’Opéra-Comique, qui remaniaient, diversement mais superficiellement, la perspective de l’ouvrage et le découpage du rôle-titre. Ce n’est qu’en 1939 que Reynaldo Hahn et Henri Büsser restaurèrent pieusement “ Mireille ” à la Salle Favart, reconstituant les récitatifs, rétablissant la scène de la Crau dans son intégralité, ainsi que le Choral du Cinq, dont le matériel avait sombré dans l’incendie de l’Opéra-Comique. L’exécution de la Valse, souvent en fa, demeure facultative. A cette reprise, Mireille et Vincent étaient incarnés par Jane Rolland et Louis Arnoult. Reynaldo Hahn était au pupitre.
En 1941, au Théâtre Antique d’Arles, “ Mireille ” rencontrait une interprète qui s’est véritablement identifiée à l’héroïne : Geori Boué. Un vrai triomphe personnel, qui d’ailleurs devait rejaillir sur l’œuvre elle-même et l’imposer sans appel. Un triomphe - (ovations, presse unanime et dithyrambique) – (Cf. annexes) qui lui ouvrait immédiatement les portes des théâtres subventionnés nationaux. Sa version de la scène de la Crau, enfin rétablie dans son intégralité, est une pièce historique. Ainsi restaurée, Mireille n’est plus l’apanage d’une chanteuse légère, mais un vrai soprano lyrique, avec des passages très dramatiques. Le rôle exige de l’interprète vaillance et endurance vocales. L’opéra-comique charmant est redevenu un grand opéra, une vraie tragédie lyrique. Un drame paysan. Son caractère régionaliste, rare dans le répertoire français, a sans doute, comme pour “ Le Roi d’Ys ”, entravé quelque peu sa diffusion internationale.
Nous avons personnellement fait enregistrer, le 28 Juin 1941, cette exceptionnelle représentation, qui était diffusée par l’émetteur de Radio Marseille-Provence et relayée par tout le réseau national. A cette fin, on ne disposait alors que des éphémères disques “ Pyral ”, extrêmement fragiles : une mince couche de cellulose, friable, sur son support d’aluminium. Seuls avaient survécu, quand il devint possible, une bonne décennie plus tard, de transcrire ces originaux sur bande magnétique, deux morceaux, combien précieux : une bonne partie de l’ouverture et le premier acte dans son intégralité. Ils nous permettent aussi de constater combien la direction de Reynaldo, fervente, sensible, inventive, diffère des interprétations métronomiques, sans vie ni poésie, que la routine a trop souvent engendrées. Encore faut-il préciser, qu’en dépit d’une restauration devotieuse, ces courts extraits délivrent un son très inégal, avec force distorsions et parasites. Mais, si l’on pouvait entendre ainsi la Malibran dans Norma , la Falcon dans les Huguenots, et tant de voix perdues!
-lieu commun...
A ces extraits, ainsi arrachés au néant et probablement uniques, nous avons ajouté un texte dit par Reynaldo lui-même, sur Gounod, sur la “vraie Mireille”.- encore un document inespéré, enregistré à notre initiative, puis un fragment d’une causerie, à bâtons rompus, avec Geori Boué (12 février 1999) ; enfin, pour couronner cette évocation de la “ vraie Mireille de Gounod ”, sa version , du grand air du deuxième acte : “ Trahir Vincent ” et la scène de la Crau ( Disques Odéon, Paris 1945), pages que nous n’avions malheureusement pu sauver, dans l’interprétation mythique de 1941. Enfin, pour rendre hommage à Reynaldo Hahn nous avons choisi quelques-unes de ses mélodies les plus célèbres, chantées par trois artistes, ses amis : Geori, Mtreille; Marguerite Pifteau, Taven-la-gitane, la confidente; et Adrien Legros, le paterfamilias. Trois chanteurs de race, qui étaient à l’affiche et officiaient ce soir, où dans un cadre de légende, à deux pas des Alyscamps, et le chant des cigales à peine tu, Mireille avait rendu visite à l’Arlésienne.
Guy DUMAZERT.
Mme Boué a fait du rôle de Mireille une composition inoubliable qui marquera une date dans sa carrière. Il est impossible d’incarner d’une façon plus parfaite l’héroïne si harmonieusement modelée par le poète et le musicien. Elle est Mireille elle-même, avec sa franchise et sa pudeur, sa sagesse et son courage, son aristocratie terrienne, sa piété et sa virginale audace d’amoureuse. Elle est tout cela, dans son jeu, dans son style, dans son attitude et dans sa voix qui a la pureté, la transparence et la limpidité d’une source. Aussi à l’aise dans les situations tragiques que dans les scènes de grâce et de tendresse, elle s’est placée, d’un seul coup, au premier rang des grandes interprètes lyriques de ce temps.
Emile VUILLERMOZ
(“Candide ”, 9 juillet 1941)

C’est une grande artiste qui tenait le rôle. Elle s’appelle Mlle Georgette Boué, elle est déjà célèbre en Languedoc et en Provence, elle le sera bientôt à l’Opéra. Elle est mince, brune, rieuse, et de grande race. Elle a l’air d’être Mireille dans la vie comme sur le théâtre, tour à tour gaie, pleine de gentillesse et d’esprit, faisant très bien “ linguete ! linguete ! ” à son Vincent ; comme Mistral l’a indiqué dans un des plus jolis endroits de son poème, ou remettant le rustre Ourrias à sa place avec une ironie charmante. Quand elle chante sa plainte émouvante, après que son père l’a maudite (“ Si ma mère était là ”), ou quand elle traverse en trébuchant le torride désert de la Crau ; quand elle arrive mourante aux Saintes-Maries et agonise dans les bras de son amoureux éperdu, nous étions quelques amateurs de théâtre, qui ne pensions plus du tout au théâtre, je vous assure, et qui avions tout simplement les larmes aux yeux. C’est qu’il y a une certaine beauté, une certaine musique, de certains mots, une certaine justesse de touche et de style dans les choses dites et dans la manière dont on les dit, qui, positivement, donnent le frisson. Mlle Boué est de ces artistes très rares, qui par le jaillissement et la pureté de la voix, la justesse du jeu, et la qualité du talent, l’émotion naturelle et vraie, ont ce prestige et ce pouvoir. Il me semble aussi que Mistral et que Gounod eussent été contents s’ils avaient pu assister à cette fête, où la chose écrite devenait un drame vivant, où la musique semblait en plein air une sorte d’élément naturel et la voix même de la nature. Et que ces deux grands génies auraient été étonnés aussi ; car ni l’un ni l’autre n’ont jamais vu, au milieu de tous leurs triomphes, dans les spectacles de leur temps, une Mireille aussi parfaitement naturelle, aussi véridiquement leur et conforme au rêve qu’ils s’en étaient fait.
Emile HENRIOT
(“ Le Temps ” 8 juillet 1941)

 

The true Mireille of Gounod
Geori Boué , Reynaldo Hahn

Five years after Faust , Mireille was performed at the théâtre Lyrique on March the 19th 1864 : it was not really a success . In order to please Caroline Miolan-Carvalho ,who created the role , Gounod had comosed a brilliant arietta, with a lot of vocalizes . So , the character of Mireille appeared lighter than dramatic . It was only in 1939 that Reynaldo Hahn and Henri Büsser gave back the true Mireille at the Salle Favart , with the spoken words , and showing the whole scene of the Crau , so they did for the Choral of the Five . For this performance , Mireille and Vincent were embodied by Jane Rolland and Louis Arnoult , conducted by Reynaldo Hahn
In 1941 , at the théâtre Antique of Arles , Mireille was interpreted by a singer who was fitting exactly to the role : Geori Boué . It was a real triumph for her , which made the work itself famous and praised . Such a triumph opened for it the doors of the state national theaters . In a version which is faithful to its author , Mireille must be sung by a true lyric soprano , with very dramatic scenes . The voice of the interpreter must be strong and tough ; the nice opéra-comique has become again a great opera , a true lyric tragedy , a country drama. Its “ regionalist ” side , which is rare in French opera , has undoubtedly , as for “ The King of Ys ” , been an obstacle to its international casting .
We have personnally recorded , on June the 28th 1941 , this exceptional performance , which was broadcasted by Radio-Marseille and throughout France . To achieve this recording , we had only the short lasting records “ Pyral ” , which were very fragile. Only some extracts had survived , when it was possible, ten years later , to copy them on magnetic tapes : a good part of the overture , nearly the whole first act , some excerpts , which are priceless . They allow us toverify how the way Reynaldo Hahn was conducting : a fervent , sensitive , inventive one , is different from the metronomic interpretations , which are lifeless and without any poetry , only inspired by routine .
We have also recorded parts of a talk with Geori Boué , on February the 12th 1999 ; and , to evoke true Gounod’s Mireille in the most faithful way , Geori Boué’s interpretation of the famous aria of the second act : “Trahir Vincent ” and Crau’s aria , recorded in 1942 (Paris , Odéon records).

Guy DUMAZERT

“ Mrs Boué made of the role of Mireille an unforgettable composition . It is not possible to embody in a more perfect way the heroine which has been so harmoniously shaped by the poet and the musician . She IS Mireille , with her sincerity and decency , her wisdom and her courage , her piety , her nobleness and her way of loving as a young and chaste maiden . The way she plays , her style , her voice which is pure and glassy as a source : she embodies Mireille perfectly . She is as easy in tragic situations as in scenes which require grace and tenderness . She deserves the first place among the great lyric interpreters of our time . ”

Emile VUILLERMOZ
(“ Candide ” July the 9th 1941)

“ Agreat artist was playing the role . She is called Miss Georgette Boué, she is already famous in Languedoc and Provence , she will be soon famous at the Opéra . She is slim and brown-haired , merry and noble . She loks like being Mireille in life and at the theater , she is kind and witty . When she sings her moving complaint , after having been cursed by her father , when she stumbles through the burning desert of the Crau , when she comes dying in her lover’s arms , we did not feel anymore attending a play , we were near to tears as in true life . She has got the way to speak and to sing in such a true manner and style that she makes us shiver . Miss Boué is one of these rare artists who own this prestige and this power , out of the burst and the purity of her voice , the accuracy of her playing , the quality of her talent , her true and genuine emotion. I think that Mistral and Gounod would have been happy to attend this entertainment , in which the written matter became a living drama , they would have been surprised too for they have never seen a Mireille so perfectly genuine, so truly theirs and fitting to their dream . ”

Emile HENRIOT
(“ Le Temps ” July the 8th 1941)

MIREILLE

01 - “ Trahir Vincent “ Geori BOUé Odéon 188945
Direction Gustave CLOëZ / Paris 1945/ 6.10

02 - Entretien Geori BOUé et Guy DUMAZERT / Paris 12 février 1999./ 4.47

Enregistrement au Théâtre antique d’Arles le 11 juin 1941
Orchestre National et Choeurs dirigés par Reynaldo HAHN
(Archives DUMAZERT)

03 - Fragment de l’ouverture. / 2.55
04 - Acte 1 Les magnanarelles/ 2.16
05 - Entrée de Taven (Marguerite PIFTEAU, Monda MILLION ) 3.21
06 - Entrée de Mireille ( Geori BOUE) 5.34
07 - “ Le ciel rayonne… ” Mireille, Vincent (Jean GUILHEM) 1.50
08 - “ Vincenette a votre âge “ Duo Vincent Mireille / 4.13
09 - “ Mais le temps passe… ” Finale de l’acte 1 / Mireille, Vincent./ 3.15

10 - “ Heureux petit berger… ” Mireille / Geori BOUé
Radio 1948 / Direction Albert WOLFF / 2.07

11 - “ Voici la vaste plaine… ” Scène de la Crau Geori BOUé
ODEON 188946 / Direction Gustave CLOëZ / Paris 1945 / 6.30

12 - Reynaldo parle de la nouvelle Mireille. Marseille juin 1941/ 3.07
(Archives DUMAZERT)

 

Mélodies de Reynaldo HAHN
Enregistrements historiques

Geori BOUE

13 - Infidélité / Théophile GAUTIER / 1.51
14 - Mai / François COPPEE / 1.47
15 - Le rossignol des lilas / Léopold DAUPHIN / 1.04
16 - Si mes vers avait des ailes / Victor HUGO / 1.23
Piano André COLLARD
ODEON 188953 / PARIS 1945

Marguerite PIFTEAU

Etudes Latines / LECONTE de LISLE
Piano Reynaldo HAHN
17 - Phyllis / 2.44
18 - Néère / 1.28
19 - Lydé / 2.05 Enregistrement Radio 1947

Adrien LEGROS

20 - Trois jours de vendanges / Alphonse DAUDET / 2.52
21 - L’énamourée / Théodore de BANVILLE / 3.06
22 - Le cimetière de campagne / Gabriel VICAIRE / 2.44
23 - La nuit / Théodore de BANVILLE / 2.04
Piano Tasso JANOPOULO
Disque Cécilia / Schola Cantorum 1954
(Direction Artistique Guy DUMAZERT)

 



 

 





 

Durée CD


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